‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 17 sur 161 · I. Cours, VI, 646 sqq · texte numérisé non relu

I. Cours, VI, 646 sqq

fait modèle. Un triangle rectiligne étant donné, je n'ai pas besoin de l'expérience pour savoir avec certitude que la somme des angles y est égale à deux droits. Ainsi entendue, la prévision s'applique au présent, et même au passé, aussi bien qu'à l'avenir. Lorsque Comte écrit: « Toute science a pour but la prévoyance1 », il faut entendre : <( Toute science tend à substituer la déduction à l'expérience, la connaissance rationnelle à l'empirique. » Cette prévision, suite nécessaire des relations constantes découvertes entre les phénomènes, permettra de ne jamais confondre la science réelle avec la vaine érudition, qui accumule des faits sans les déduire les uns des autres.

Ainsi se développe la formule citée plus haut : « La science se compose de lois, et non de faits. » Plus la déduction se substitue à l'expérience, mieux se réalise l'extension et la liaison de nos connaissances. Plus aussi, par conséquent, la science se rapproche de cette unité qui est impérieusement réclamée par notre entendement, et qui est pour lui le critérium de la vérité. « La science réelle, dit Comte, envisagée du point de vue le plus élevé, n'a d'autre but général que d'établir ou de fortifier sans cesse l'ordre intellectuel, qui est la base de tout autre ordre 2. » L'esprit qui s'applique à la contemplation du monde a besoin, avant tout, de le trouver intelligible. La science « réelle » le satisfait, non pas en imaginant des volontés ou des causes, comme faisaient la théologie et la métaphysique, mais en découvrant l'ordre dans les relations constantes entre les phénomènes. Quand cet ordre est harmonieux,

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