‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 20 sur 161 · I. Cours, VI · texte numérisé non relu

I. Cours, VI

Il est donc des vérités provisoires, et, si l'on peut dire, temporaires. La science en établit-elle jamais d'autres ? L'idée qu'Hipparque et les astronomes grecs se faisaient du monde céleste n'était pas fausse de tout point. C'était la vérité astronomique compatible avec les conditions générales de la société où ils vivaient. Après les travaux des observateurs du moyen âge, utilisés par Copernic, cette idée s'est effacée devant une autre, qui s'est perfectionnée avec Newton et Laplace. Peut-être celle-ci sera-t-elle modifiée k son tour, à la suite de nouvelles découvertes ? Pareillement on a pensé que la terre était une surface plate, puis un disque rond. On se l'est représentée ensuite comme une sphère, et. enfin comme un ellipsoïde de révolution. Aujour-| d'hui, on sait que cet ellipsoïde est irrégulier.

La vérité est donc, k chaque époque, «la parfaite." cohérence logique », ou l'accord de nos conceptions avec nos observations. L'histoire de la pensée humaine se compose d'une série progressive de périodes alternantes. A un certain moment, l'esprit a mis ce qu'il conçoit d'accord avec ce qu'il sait. Mais, peu à peu, des faits nouveaux sont observés, des faits connus sont mieux interprétés, des découvertes éclatent. L'harmonie entre les conceptions et les observations devient alors précaire. Les esprits éprouvent une difficulté de plus en plus grande à faire entrer toutes les connaissances acquises dans le cadre traditionnel. A la fin, ce cadre se rompt. Puis, l'accord se rétablit sous une forme plus compréhensive, destinée k devenir insuffisante a son tour. La philosophie positive reconnaît la une loi sociologique. Elle renonce k la chimère de la vérité immuable. Elle ne regarde plus la vérité d'aujourd'hui comme abso-

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lument vraie, ni la vérité d'hier comme absolument fausse. Elle « cesse d'être critique envers tout le passé. »

La théorie de la science, pour conclure, ne peut donc s'achever que du point de vue de la sociologie. Elle reste imparfaite, tant que l'on ne substitue pas au « moi » un « nous », au sujet individuel le sujet universel qui est l'humanité, et à l'analyse réflexive l'histoire philosophique des sciences. Aux conditions logiques de la science, il faut joindre, pour la définir complètement, ses conditions biologiques et sociales. Alors, mais alors seulement, on comprend qu'elle est, à chaque époque, à la fois vraie et relative, sans que la relativité mette en danger la vérité.

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