‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 27 sur 161 · Pol. pos., I, 64i · texte numérisé non relu

Pol. pos., I, 64i

biologie, puis en socioiogie. Ce consensus correspond à la finalité interne de Kant.

Même la distinction de la finalité interne et de la finalité externe ne peut pas être maintenue à la rigueur. Nous n'affirmerons jamais que des êtres aient été faits les uns en vue des autres. Ce serait là une « explication » théologique au premier chef. Mais, du point de vue positif, nous constatons que les organismes ont besoin, pour subsister, non seulement d'une structure intime spéciale, mais encore d'un certain équilibre des conditions extérieures. Leur existence dépend, à chaque instant, à la fois de leur constitution et du « milieu. » Ce mot, qui devait faire une si heureuse fortune, et la théorie des milieux, que Taine a popularisée, appartiennent à Comte. Sans doute, l'idée lui en a été suggérée, d'un côté, par Montesquieu et par ses successeurs, de l'autre, par les travaux de Lamarcket des biologistes contemporains. Il s'est inspiré aussi des célèbres Recherches de Bichat sur la vie et sur la mort. Mais Bichat insistait surtout sur l'antagonisme entre l'être vivant et les forces du monde inorganique, qui le pressent de toutes parts. Comte pense, au contraire, que l'existence même des êtres vivants est la preuve d'une harmonie suffisante entre leur organisme et le milieu. Et, ce qu'on ne peut lui contester, c'est le mérite d'avoir généralisé l'idée appliquée spécialement par Montesquieu aux faits sociaux, et spécialement aussi par Larnarek et Bichat aux phénomènes de la vie. « Je désigne par ce mot de milieu, dit Comte, en s'excusant de l'acception nouvelle qu'il lui donne, non seulement le fluide où foi • ganisine est plongé, mais, en général, l'ensemble total des circonstances extérieures d'un genre quelconque

nécessai :«s a l'existence de chaque organisme déterminé1. »

Comte, à proprement parier, ne rejette donc pas la doctrine des causes finales. Il la transforme seulement. Lui-même l'avait déclaré dans son opuscule de 1822. « La doctrine des causes finales a été convertie par les physiologistes dans le principe des conditions d'existence. » La philosophie positive s'approprie, « sous la réserve d'une transformation convenable, » les idées générales primitivement inventées par la philosophie théologique et métaphysique. Comme la notion positive de lois mathématiques des phénomènes est sortie de la conception métaphysique des pythagoriciens touchant la vertu des nombres, ainsi le principe scientifique des conditions d'existence découle de l'hypothèse des causes finales2.

Un exemple permettra de saisir sur le fait cette transformation.

La stabilité du système solaire rend possible l'existence d'espèces vivantes sur la terre. Bel exemple de finalité, semble-t-il. Néanmoins, cette stabilité est une simple conséquence nécessaire, d'après les lois mécaniques du monde, de quelques circonstances caractéristiques de notre système : petitesse extrême des masses planétaires en comparaison de la masse centrale, faible excentricité de leurs orbites, médiocre inclinaison mutuelle de leurs plans, etc. Puisque, en fait, nous existons, il faut bien que le système dont nous faisons partie soit disposé dé façon à permettre cette existence. « La prétendue cause finale se réduirait donc ici, comme dans toutes les occasions

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