‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 29 sur 161 · Cours · texte numérisé non relu

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rait subsister. Au point de vue de l'objet, ce principe rend compte de la permanence des êlres ; au point de vue du sujet, il exprime la possibilité de la science.

Pourquoi Comte dit-il que ce principe est d'une portée et d'une fécondité bien supérieures à celles de la doctrine des causes finales ? C'est que cette doctrine prétend « expliquer. » En rapportant les dispositions naturelles à la sagesse d'une Providence, elle dispense en quelque sorte de la recherche scientifique, ou, du moins, elle ne l'exige pas. Le principe des conditions d'existence, au contraire, est étroitement lié à la conception positive des phénomènes naturels. Il n'implique. que l'existence des lois. 11 pose seulement la continuité des rapports entre ces lois, continuité vérifiée par l'expérience, puisque les êtres subsistent et se reproduisent. Il permet, en un mot, de lier partout les lois de succession aux lois de coexistence. Or, lier est la fonction essentielle de la science. Au moyen de ce principe, non seulement les moments successifs d'une évolution naturelle quelconque sont compris " comme solidaires les uns des autres ; mais cette évolution tout entière devient intelligible par son rapport avec les conditions statiques auxquelles elle correspond. Et, en vertu de la relativité de la science, ou, si l'on préfère, de l'action réciproque universelle de tous les phénomènes, le principe des conditions d'existence pousse l'esprit humain à une investigation scientifique toujours plus exacte et jamais achevée.

Cette transformation positive de la doctrine des causes finales avait déjà été esquissée très nettement par des philosophes du xvm* siècle, que Comte connaissait fort bien, par Diderot, par Hume, par d'Hol-

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bach. Hume dit, par exemple 1 : « Il est vain d'insister sur les usages des parties dans les animaux ou dans les planles, et sur la curieuse adaptation des uns aux autres. Je voudrais bien savoir comment un animal pourrait subsister sans cette adaptation. Ne voyons-nous pas qu'il périt aussitôt, si elle vient à cesser, et que la matière dont il était composé prend quelque autre forme ? » Et d'Holbach : « Ces ensembles n'existeraient plus sous la forme qu'ils ont, si leurs parties cessaient d'agir comme elles font, c'est-à-dire d'être disposées de manière à se prêter des secours mutuels. Etre surpris que le cœur, le cerveau, les yeux, les artères, etc. d'un animal agissent comme ils font, ou qu'un arbre produise des fruits, c'est être surpris qu'un arbre, un animal existent. Ces êtres n'existeraient plus ou ne seraient plus ce qu'ils sont, s'ils cessaient d'agir comme ils font ; c'est ce qui arrive quand ils meurent2. »

Comte fait sienne cette critique de la doctrine des causes finales. Mais, fidèle à sa maxime « On ne détrait que ce qu'on remplace », il prétend substituer à cette doctrine métaphysique un principe positif qui en conserve les éléments compatibles avec la méthode scientifique. C'est le principe des conditions d'existence. En vertu de ce principè, par cela même que tel organe fait partie de tel être vivant, il concourt nécessairement, d'une manière déterminée, quoique peut-être inconnue, à l'ensemble des actes qui composent son existence : il n'y a pas plus d'organe sans fonction que de fonction sans organe. Mais il ne suit nullement de là que tous les actes organiques s'opèrent aussi parfaitement que

1. Dialogues sur la Religion naturelle, VIII (trad. fr. David

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