PoL pos.f IV. Appendice, p
montrant que tout ce qui est « indispensable » est e même temps « inévitable » , rend cette supposition superflue.
Une double tendance se fait sentir dans cette théorie. D'une part Comte, fidèle à l'esprit de sa philosophie, rejette ce qui prétend dépasser l'expérience, c'est-à-dire* l'hypothèse transcendante des causes finales et de l'optimisme. D'autre part, il veut rendre compte de l'ordre de la nature, qui est un fait. Or cet ordre, tout imparfait qu'il soit, implique non seulement l'existence de lois, mais encore une harmonie permanente entre ces lois. « Le présent est plein du passé, et gros de l'avenir. » Le principe des conditions d'existence explique cette permanence de l'ordre, autant du moins qu'elle a besoin d'être expliquée du point de vue positif. Car il énonce que partout, en fait, les lois dynamiques s'accordent avec les lois statiques, et que le « progrès est un développement de l'ordre. )) Non plus que le principe des lois, le principe des conditions d'existence n'est a priori. Comme lui, il se fonde sur une « immense induction. » Comme lui encore, il n'acquiert toute sa vertu que la science sociale une fois créée, et la philosophie positive établie.
Ne serait-on pas tenté de voir, dans cette doctrine, une sorte de projection, sur le plan de la pensée positive, d'un idéalisme tel que celui de Leibniz ? De même que Leibniz fait reposer le mécanisme sur un dynamisme plus profond, ainsi Comte complète le principe des lois par le principe des conditions d'existence. Certes, il y a entre les deux doctrines toute la distance qui sépare l'esprit positif de l'esprit métaphysique. Mais toutes deux n'en donnent pas moins, du même
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problème, 1 une a priori, l'autre a posteriori, des solutions symétriques et qui se correspondent.
Toutes les lois naturelles, quelles qu'elles soient, doivent être conçues comme rigoureusement invariables, ju'il s'agisse de lois mathématiques ou de lois sociologiques. Si Ton pouvait concevoir, en aucun cas, que sous l'influence de conditions exactement similaires, les phénomènes ne restassent point parfaitement identiques, non seulement quant au genre, mais aussi quant au degré, toute théorie scientifique deviendrait aussitôt impossible1. Ce principe est la condition même de la possibilité de la prévision, et par conséquent de la science positive. Claude Bernard l'appellera le « déterminisme absolu des phénomènes. » Comte n'admet rien d'absolu : il n'en considère pas moins que l'invariabilité des lois naturelles ne comporte pas d'exception.
Pour certaines lois, F invariabilité se vérifie directement, puisqu'elles peuvent prendre la forme mathématique. Telles sont, par exemple, les lois mécaniques, astronomiques et physiques. D'autres, au contraire, telles que les lois biologiques, sont réfrac taires au nombre, et ne se laissent pas mettre en équations. Mais cela tient évidemment à leur complexité. « S'il était possible d'isoler rigoureusement chacune des causes simples qui concourent à produire un même phénomène physiologique, tout porte à croire qu'elle se montrerait douée, dans des circonstances déterminées, d'un genre