I. Cours, I, 4aa sq
l58 LA PHILOSOPHIE D'AUGUSTE COMTE
égard à leur mode de production, il lui est toujours loisible de « remplacer, s'il le faut, les forces internes par une force externe équivalente », appliquée au corps. L'inertie de la matière est donc une abstraction, qui a pour but d'assurer la parfaite homogénéité de la science mécanique, en permettant de considérer tous les mobiles comme identiques, et toutes les forces comme de même nature.
Le caractère « physique » de cette science ressort encore de la considération des trois lois fondamentales sur lesquelles elle se fonde1.
La première, appelée loi de Képler, s'énonce ainsi • « Tout mouvement est naturellement rectiligne et uniforme ; c'est-à-dire, tout corps soumis à l'action d'une force unique qui agit sur lui instantanément, se meut constamment en ligne droite et avec une vitesse invariable. » On a dit que cette loi dérivait du principe de raison suffisante. Le corps doit suivre la ligne droite, parce qu'il n'y a pas de raison pour qu'il s'en éloigne plutôt d'un côté que de l'autre. Mais, réplique Comte, comment savons-nous qu'il n'y a pas de raison pour que le corps se dévie, sinon justement parce que nous voyons qu'il ne se dévie point? Le raisonnement que l'on fait « se réduit à répéter en termes abstraits le fait lui-même, et à dire que les corps ont une tendance naturelle à se mouvoir en ligne droite, ce qui est précisément la proposition à établir. » C'est par de semblables arguments que les philosophes de l'antiquité, et particulièrement Aristote, avaient, au contraire, regardé le mouvement circulaire comme naturel aux