CHAPITRE II
L'astronomie.
L'astronomie a pour objet de découvrir les lois des phénomènes géométriques et des phénomènes mécaniques que nous présentent les corps célestes ; et, parla connaissance de ces lois, d'obtenir la prévision exacte et rationnelle de l'état de notre système à une époque ionnée quelconque. Elle est, en un mot, « l'application des mathématiques au cas céleste1. »
II. Spencer a pris texte de cette définition pour critiquer la place que Comte assigne à l'astronomie dans sa classification des sciences. 11 le met en contradiction avec lui-même. Vous avez appelé sciences fondamentales, dit-il, les sciences abstraites, qui étudient non les êtres de la nature, mais les lois qui régissent les phénomènes dans ces êtres : à quel titre l'astronomie vient-elle so placer, parmi ces sciences, entre les mathématiques et la physique? N'a-t-elle pas pour objet l'étude de certains êtres de la nature? En quoi l'application des mathématiques au cas céleste diffèret-elle d'une application des mathématiques à d'autres cas ? Il paraît évident que Comte introduit ici dans la série
i. Vol. pos., I, A99 507.
des sciences abstraites une science qui est en réalité concrète, ou du moins, selon l'expression de M. Spencer, abstraite-concrète.
Comte avait prévu l'objection. La réponse qu'il y fait jette une vive lumière sur le sens où il prend les mots «abstrait», et « général», appliqués aux sciences. Il accepte l'objection pour une part. Les vraies notions astronomiques, dit-il, ne diffèrent des notions purement mathématiques que par leur restriction spéciale au cas céleste ; et cela doit, au premier aspect, sembler contraire à la nature essentiellement abstraite des spéculations propres à la philosophie première. Mais, d'autre part, ces spéculations portent sur les phénomènes donnés dans l'expérience, et l'ordre des sciences abstraites doit reproduire l'ordre réel dans lequel ces phénomènes se conditionnent. Ainsi la première de ces sciences, les mathématiques, détermine les lois essentielles des phénomènes les plus généraux, qui sont communs à tous les êtres matériels (forme, position, mouvement). Or les phénomènes les plus généraux, après ceux-là, ne sont- ils pas ceux (( dont l'ascendant continu domine inévitablement le cours de tous les autres phénomènes1? » En d'autres termes, avant de passer à l'étude des phénomènes physiques, chimiques, biologiques, etc. il est indispensable de connaître les lois générales du milieu où ces phénomènes sont donnés. Hors de ce milieu, ils ne seraient pas possibles, ou du moins il les conditionne de telle façon que, s'il était autre, ces phénomènes aussi seraient autres.
Le caractère de généralité, qui sert, avec celui d'abs-
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traction, à ordonner la hiérarchie des phénomènes, se ramène donc à l'idée de dépendance. C'est la considération de cette dépendance qui assigne sa place à l'astronomie, dans l'échelle encyclopédique des sciences, entre les mathématiques et la physique. Considérés isolément, en eux-mêmes, les phénomènes étudiés par l'astronomie sont purement géométriques et mécaniques. Ils ne constitueraient donc pas l'objetd'une science distincte des mathématiques. Mais la philosophie positive considère tout du point de vue de l'humanité. Or, pour l'humanité, ce a cas spécial » est d'une importance sans égale. Tous les autres phénomènes que l'expérience nous offre (les phénomènes mathématiques exceptés) dépendentdes phénomènes astronomiques. La connaissance des lois astronomiques conditionne donc nécessairement la connaissance de toutes les autres. Ainsi, l'infraction au principe de la hiérarchie des sciences fondamentales n'est qu'apparente. Un cas analogue se présente en chimie. L'analyse de l'air et de l'eau est incorporée à la chimie abstraite, parce que l'air et l'eau constituent le milieu général « où s'accomplissent tous les phénomènes ultérieurs1. »
La place donnée à l'astronomie est donc justifiée. Cette science, en outre, reste abstraite. Pour qu'elle (ût concrète, en effet, il faudrait que tous les aspects dfc l'existence des corps célestes y fussent étudiés et rapprochés les uns des autres. Mais, au contraire, l'astronomie n'étudie dans les corps célestes que les phénomènes géométriques et mécaniques, abstraction faite de toute considération physique, chimique, etc. Enpas-