X. Cours, III
l66 LA PHILOSOPHIE d'àUGUSTE COMTE
sant au cas céleste, conclut Comte, les mathématiques ne perdent donc pas leur nature abstraite. Elles ne font que se développer davantage sur un exemple capital, que son extrême importance oblige à spécialiser ainsi.
Le caractère abstrait de l'astronomie lui est presque imposé a priori. Les faits sur lesquels elle repose ne nous sont révélés que par un seul sens, le plus intellectuel de tous à la vérité, mais qui nous renseigne uniquement sur les propriétés mathématiques des corps. Nos yeux seuls touchent les astres. Point d'astronomie pour une espèce aveugle. Les astres obscurs, s'il en est de tels, nous sont dérobés à jamais. Il n'y a donc que la forme, la position et le mouvement des corps célestes visibles qui nous soient donnés. Nous ne saurions jamais par aucun moyen étudier leur composition chimique, ni leur structure minérale, ni a fortiori la nature des corps organisés qui vivent à leur surface. Comte aurait pu formuler en termes moins catégoriques des affirmations que l'analyse spectrale et la photographie allaient bientôt ébranler. Mais cette persuasion où il était le confirmait dans la conception tout abstraite et mathématique qu'il avait de l'astronomie.
Celle-ci lui semble donc un excellent type de la science positive, parce qu'elle est à la fois naturelle et abstraite, et que ces deux caractères y sont également apparents, ce qui n'avait pas lieu dans la mathématique. Dans cette science, la part de l'observation est si restreinte, si fugitive, qu'elle en devient insaisissable. En astronomie, au contraire, la constatation de certains faits joue évidemment un rôle dans la science. Mais, en même temps, nulle part on ne voit mieux que la science ne consiste pas dans la pure appréhension des laits. Ils sont
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ici tellement simples, et d'ailleurs si peu intéressants, que leur liaison seule, et la connaissance de leurs lois, mérite le nom de science. Qu'est-ce, en général, qu'un fait astronomique? Rien autre que ceci : tel astre a été vu à tel instant précis, et sous tel angle bien mesuré. La combinaison et l'élaboration plus ou moins profondes de ces observations sont indispensables à la science, même dans son état le plus imparfait. L'astronomie, dit Comte, n'a pas réellement pris naissance quand les prêtres de l'Egypte ou de la Chaldée ont fait sur le ciel une suite d'observations empiriques plus ou moins exactes; mais seulement lorsque les premiers philosophes grecs ont commencé à ramener à quelques lois géométriques le phénomène général du mouvement diurne1.
L'astronomie est aussi de toutes les sciences naturelles, après les mathématiques, la plus parfaitement débarrassée des considérations théologiques et métaphysiques. Elle est de tout point positive. Les astronomes n'ont plus recours à une Providence, qui serait la cause intelligente de l'ordre du monde céleste, lequel ordre, à son tour, témoignerait de l'existence de cette cause. Ils ne s'enquièrent pas davantage de la nature intime des forces (pesanteur, attraction, etc.) L'astronomie se contente de déterminer avec la plus grande précision possible les rapports invariables des phénomènes. C'est là que les esprits philosophiques peuvent étudier les caractères essentiels d'une science positive. Ils y verront aussi comment elle doit être désintéressée pour devenir utile. « Sans les plus hautes