Cours, II, i
L'usage de l'hypothèse telle que l'emploie l'astronomie doit être transporté dans les autres sciences. Ce procédé de méthode reste partout semblable à lui-même, quoique nous ne le concevions pas toujours aussi bien. (( Son domaine normal coïncide avec celui de l'observation. » L'hypothèse complète par anticipation ce que nous savons des faits et de leurs lois. Par suite, elle est sujette à être modifiée, corrigée, ou démentie par une connaissance plus étendue ou plus approfondie des faits. Les hypothèses ne sont donc valables que pendant le temps où elles sont avantageuses, c'est-à-dire, où elles nous servent à lier et à coordonner nos observations. Elles travaillent, comme on l'a dit, à se rendre ellesmêmes inutiles. Mais elles sont indispensables, et la science ne pourrait, sans elles, ni avancer, ni même commencer. Loin de faire, comme Bacon, la part trop petite à l'hypothèse, Comte encourrait plutôt le reproche de la lui avoir faite trop grande. Il en a abusé N lui-même, à la fin de sa vie. Mais la théorie qu'il en a donnée dans le Cours de philosophie positive, et dont certains traits se retrouvent dans Y Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, de Claude Bernard, en étudiait soigneusement la nature et la fonction.
L'astronomie, ou du moins la partie de l'astronomie qui porte le nom de mécanique céleste, est de toutes les sciences physiques celle qui a été portée au plus haut degré de perfection. Nulle part ailleurs les phénomènes n'ont été mieux ramenés à une loi suprême, qui permet de les prévoir avec une précision sullisante.
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Mais ce résultat n'a été obtenu qu'à la condition de substituer à la notion d'univers celle de monde solaire1. Ce monde est le seul dont nous puissions nous représenter l'ensemble comme un système. Si l'astronomie avait pour objet les lois générales de l'univers, elle serait extraordinairement imparfaite, pour ne pas dire tout à fait impossible. Que savons-nous en effet des lois cosmiques u? Nous ignorons même si la loi de Newton s'applique aux systèmes d'étoiles.
Il faut donc distinguer l'astronomie en tant que science de notre monde, et l'astronomie sidérale. Celleci ne nous est pas absolument interdite. Mais nous savons fort peu sur ce sujet, et nous n'en saurons, jamais beaucoup plus. Les innombrables soleils épars dans l'espace forment-ils un système général, ou existet-il des systèmes indépendants? Les philosophes discutent pour savoir si l'espace est illimité ou non, si le nombre des corps célestes peut être infini, etc. En un mot, la considération de notre monde est positive. La considération de l'univers ne l'est pas.
L'histoire aide à comprendre la transition qui a conduit de l'une à l'autre. L'ancienne philosophie faisait de la terre le centre de l'univers. Il était naturel alors que tous les astres, malgré la diversité de leurs caractères propres et de leurs mouvements, fussent conçus comme les parties d'un système unique. Un postulat plus ou moins nettement exprimé soutenait cette conception astronomique : l'univers avait pour fin l'existence de l'homme. Il n'y avait pas lieu de distinguer notre monde du monde total. Mais cette conception pouvait-