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LES SCIENCES DU MONDE INORGANIQUE l8l
ment difficile quand il s'agit de phénomènes très compliqués. En physiologie, par exemple, il faut combiner les expériences de manière à maintenir les sujets à l'état vivant, et même, autant que possible, à l'état normal. Mais toute modification d'une partie de l'organisme retentit aussitôt dans les autres. L'être vivant réagit instantanément. Il s'adapte du mieux qu'il peut aux conditions nouvelles où l'expérimentateur Ta placé. On ne peut donc presque jamais établir en physiologie ce que l'on obtient si aisément en physique : deux cas exactement pareils sous tous les rapports, excepté sous celui que l'on veut analyser. En chimie, il est vrai, il semblerait que l'expérimentation dût être encore plus aisée qu'en physique, puisqu'on n'y considère presque que des faits résultant de circonstances produites par l'intervention de l'homme. Mais c'est se méprendre sur la nature de l'expérimentation. L'essence de ce. procédé ne consiste pas dans l'institution des circonstances des phénomènes par l'homme ; elle est dans « le choix le plus libre possible du cas le plus propre à faire apercevoir la loi du phénomène », que ce cas soit d'ailleurs naturel ou factice. Or, ce choix est, presque toujours, plus facile en physique qu'en chimie. Car les phénomènes chimiques, plus complexes, ne pouvant s'obtenir en général que parle concours d'un grand nombre d'influences diverses, ne permettent pas de varier autant les circonstances de leur production, ni surtout d'isoler aussi complètement les différentes conditions déterminantes.
A l'usage de la méthode expérimentale, la physique peut joindre souvent l'emploi de l'analyse mathématique. Mais elle doit y mettre une extrême circonspection, et n'avoir recours à cette application des mathéma-
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tiques qu'après avoir « soigneusement scruté la réalité du point de départ », qui peut seule établir la solidité des déductions. Il faut, en un mot, que le génie propre de la physique dirige sans cesse l'usage de ce puissant instrument. Or, cette condition n'a pas toujours été remplie. Trop souvent, la prépondérance de l'analyse mathématique a fait négliger les études expérimentales. Non seulement elle a compromis par là les progrès de la physique, mais elle a tendu même à vicier la conception de la science, et à la faire rétrograder vers un état d'obscurité et d'incertitude qui, dit Comte, diffère peu, au fond, malgré la sévérité des formes, de son ancien état métaphysique1.
Pour ce motif, l'application de l'analyse à la physique ne doit pas être laissée aux géomètres, qui ont surtout en vue l'instrument. Elle doit appartenir aux physiciens, qui se préoccupent avant tout de l'usage qu'il faut en faire. Les mathématiciens ont souvent embarrassé la physique d'une foule de travaux analytiques fondés sur des hypothèses très hasardées : il faut qu'ils cèdent la place à des physiciens rompus aux études expérimentales, et néanmoins assez instruits des hiathéma tiques pour se servir de l'analyse toutes les fois qu'il est possible. Sous cette réserve, celle-ci rendra à la science les services les plus considérables. L'optique, l'acoustique, les théories de la chaleur, de l'électricité seraient-elles au point où nous les voyons, sans le puissant secours de l'analyse? Pourtant, même là, les recherches physiques sont presque toujours d'une telle complexité que, pour prendre une forme mathé-