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peut seule établir les règles propres à diriger l'emploi de ce précieux artifice en physique, et à plus forte raison dans le reste de la philosophie naturelle \ Or, à quoi sert-il aux astronomes ? A anticiper sur les résultats de la déduction ou de l'induction, « en faisant une supposition provisoire quant à quelques-unes des notions mêmes qui constituent l'objet final de la recherche. » C'est un procédé dont les méthodes d'approximation des géomètres ont primitivement suggéré l'idée générale. Ils ont « supposé » que la circon^ férence était la limite des périmètres des polygones inscrits et circonscrits dont le nombre des côtés allait croissant. De même, l'hypothèse comble provisoirement « les lacunes » de notre savoir.
L'hypothèse doit toujours être susceptible d'une vérification positive, « dont le degré de précision soit en harmonie avec celui des phénomènes correspondants. » Car elle exprime simplement d'avance ce que l'expérience et le raisonnement auraient pu faire connaître tout de suite, si les circonstances du problème eussent été plus favorables. Si donc l'hypothèse prétendait atteindre ce qui, par sa nature, est inaccessible à l'observation et au raisonnement, elle deviendrait aussitôt illégitime et nuisible. En un mot, elle doit porter exclusivement sur les lois, jamais sur les causes ni sur les modes de production des phénomènes.
Dans la physique de son temps, Comte trouve des hypothèses des deux sortes, et plus de mauvaises que de bonnes. Il s'élève surtout contre les éthers et les fluides auxquels on rapportait les phénomènes de la
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chaleur, delà lumière, de l'électricité et du magnétisme. Ces hypothèses, selon lui, sont destinées à disparaître delà science. Les physiciens, il est vrai, se défendent d'attribuer une réalité objective à leurs éthers et à leurs fluides. Ils prétendent qu'ils en ont absolument besoin, mais seulement pour faciliter la conception et la combinaison des phénomènes. Cependant ils sont entraînés, malgré eux, à parler de leurs éthers comme s'jls existaient réellement. Ne voient-ils pas d'ailleurs que l'astronomie se passe fort bien de semblables hypothèses ? Pour concevoir les phénomènes, il suffit de les observer et de les analyser avec attention. Et quant à les combiner, cela dépend de la connaissance que l'on a obtenue de leurs relations positives.
La théorie corpusculaire, par contre, est un exemple de bonne hypothèse en physique. Elle y joue un rôle analogue à celui de l'inertie des corps en mécanique l. La structure intime des corps nous est inconnue. Mais nous avons le droit d'introduire toutes les hypothèses qui pourront faciliter nos recherches, et en particulier l'hypothèse des atomes, pourvu que nous n'y voyions pas une représentation de la réalité.
Les éthers et les fluides tendent à « expliquer » les phénomènes physiques par la nature de l'agent qui les produit. C'est en cela que ces hypothèses portent la marque de l'esprit métaphysique. Pour en comprendre l'apparition, et surtout la persistance, il ne suffit pas de les considérer en elles-mêmes. Il faut se reporter à l'histoire de la physique, et la comparer à celle des autres sciences fondamentales. La physique pouvait-elle
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passer tout d'un coup de la période où les phénomènes sont rapportés à des causes et à des essences, à la période positive où ils sont conçus comme simplement soumis à des lois? Une transition était nécessaire. Les entités scolastiques, avant de disparaître, se sont à demi matérialisées. Elles se sont transformées en fluides. Qu'est-ce que la chaleur conçue comme existant à part du corps chaud, la lumière, indépendante du corps lumineux, l'électricité, séparée du corps électrique? Ce sont les anciennes entités sous un nouveau vêtement, devenues plus saisissables, malgré leur « corporéité équivoque. » Elles conduisent peu à peu à la considération de plus en plus exclusive des phénomènes et des lois, jusqu'à ce qu'elles disparaissent à leur tour.
L'astronomie, avant la physique, a passé par les mêmes phases. On y a vu aussi de grandes hypothèses invérifiables faciliter la transition de l'état théologique à l'état positif. Telle fut la conception de Descartes, qui expliquait les mouvements célestes par le système des tourbillons. Ces fameux tourbillons ont introduit l'idée d'un mécanisme là où Képler lui-même n'avait osé concevoir que l'action incompréhensible des âmes et des génies. Puis vint Newton, qui conserva l'idée du mécanisme, en abandonnant les tourbillons. En vain les cartésiens luttèrent-ils pour la défense de leur hypothèse. Leurs arguments étaient aussi plausibles que ceux de nos physiciens actuels en faveur des fluides et des éthers. Mais on a cessé de les écouler. L'astronomie, devenue tout à fait positive, ne cherche plus que les lois effectives des phénomènes observés. Toute hypothèse auxiliaire qui viserait à autre chose n'a plus d'intérêt à ses yeux.
Les parties les plus avancées de la physique en sont déjà au même point. Voyez, par exemple, l'étude de la pesanteur. Il n'y a peut-être pas eu un seul savant de quelque valeur, au xvne siècle, même longtemps après Galilée, qui n'ait construit ou adopté un système sur les causes de la chute des corps. La science de la pesanteur semblait alors impossible sans une hypothèse de ce genre. Qui s'en embarrasse aujourd'hui ? Il es! permis de penser que les autres parties de la physique suivront la même marche, et qu'elles se conformeront tour à tour à cette règle de la méthode positive : « Toute hypothèse doit porter exclusivement sur les lois des phénomènes, et jamais sur leurs modes de production. »
La chimie paraît occuper, dans la série des sciences fondamentales, une place plutôt secondaire et subordonnée. La méthode positive ne s'y enrichit d'aucun procédé d'une importance capitale. Elle se borne à y développer ceux dont la physique fait déjà usage. Même l'expérimentation, malgré les apparences, est moins facile et moins féconde en chimie qu'en physique. Le seul procédé nouveau que l'on voit apparaître est l'art des nomenclatures. Toutes les fois qu'on voudra étudier cet art « dans sa source », c'est à la chimie qu'il faudra recourir 1 .
Les phénomènes qu'elle étudie sont les plus compliqués du monde inorganique. Si donc la physique est
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extrêmement imparfaite, il n'est pas surprenant que la chimie le soit encore davantage. Dans la plupart de ses recherches, « la chimie actuelle mérite à peine le nom d'une science *. » Mais cette infériorité de la chimie ne tient pas seulement à la nature de son objet. Elle a encore d'autres causes, auxquelles il serait plus facile de remédier. La chimie est retardée dans ses progrès : i° par la mauvaise direction imprimée jusqu'ici à beaucoup de ses travaux; 2° par l'éducation défectueuse de la plupart des savants qui s'y livrent.
Avant tout; il manque aux chimistes de s'être fait une idée nette et rationnelle de leur science, des rapports de cette science avec celles qui l'entourent, et de la façon dont les problèmes doivent y être posés. La chimie, intermédiaire entre la physique et la biologie, a souffert de ce double voisinage. D'abord, les sciences les plus avancées ayant toujours une tendance marquée à empiéter sur les suivantes, la chimie a besoin de se défendre contre l'ascendant de la physique, comme la physique elle-même doit lutter contre celui des mathématiques. Sans doute, il faut que le chimiste ait étudié la physique, afin d'utiliser les résultats qu'elle a obtenus, et de les convertir, s'il le peut, en méthode à son usage. La solidarité de ces deux sciences est très étroite, et la connaissance des lois des phénomènes calorifiques et électriques, par exemple, est du plus haut intérêt pour les recherches chimiques. Mais le chimiste n'en a pas moins son point de vue propre. Il étudie, (ce que ne fait pas le physicien), les lois des phénomènes de composition et de décomposition qui résultent de l'action moléculaire et spécifique