Cours, III, Û-I
plus complexes et les plus éloignées. L'élude des corps simples ne peut évidemment se faire qu'au moyen de l'expérience, qui seule en révèle les propriétés. Mais, cette base une fois posée, « tous les autres problèmes chimiques, malgré leur immense variété, devraient être susceptibles de solutions rationnelles, d'après un petit nombre de lois invariables, établies par le génie chimique pour les diverses classes de combinaisons. »
Ainsi, Comte voit bien que la complexité des phénomènes chimiques empêche d'en exprimer les relations sous une forme qui permette l'emploi de l'analyse mathématique. Mais il n'en persiste pas moins à faire de l'expérience, dans cette science comme dans les précédentes, un simple point de départ. L'expérience fournit les données, qui ne peuvent venir que d'elle. Mais ces données sont ensuite élaborées sans qu'elle intervienne. L'idéal scientifique en chimie, comme en physique, comme en astronomie, est de substituer le plus possible la prévision rationnelle à la constatation expérimentale . La science cherche toujours à déduire du plus petit nombre de données le plus grand nombre de conséquences. Le plus petit nombre de données, ce sont ici les propriétés des corps simples. La déduction établira, a priori, quelles seront les propriétés d'une combinaison donnée de deux corps simples, ou de deux substances composées.
Au nom de cet idéal scientifique, Comte reproche aux chimistes la surabondance de leurs travaux de détail. Faute d'une conception rationnelle de la chimie, ils ne portent pas leurs efforts sur les points qu'il faudrait. Que sert d'étudier, dans un ordre arbitraire, et selon la fantaisie des chercheurs, les propriétés de tel ou tel
corps, placé dans telles ou telles conditions? Accumuler les connaissances de ce genre n'est pas ce qui importe. Le progrès de la chimie doit bien moins consister dans l'acquisition de nouveaux matériaux, que dans la systématisation de ceux que l'on possède déjà. La chimie est aujourd'hui aussi riche en détails qu'elle est imparfaitement constituée comme science1. Son état présent ne donne nullement l'idée de ce que serait son état normal.
Non content de proposer à la chimie le « type scientifique » vers lequel elle doit tendre, Comte lui suggère un artifice de méthode qui pourra l'en rapprocher. Ce n'est rien qui ressemble à l'hypothèse des affinités. Celle-ci lui paraît encore plus « ontologique » que l'hypothèse des fluides ou des éthers imaginaires. Les explications qu'on en tire consistent, comme il arrive toujours quand il s'agit de conceptions métaphysiques, à reproduire en termes abstraits l'énoncé même du phénomène*. À cette hypothèse qui n'est pas scientifique, puisqu'elle porte sur le mode de production des faits , Comte substitue ce qu'il appelle « l'hypothèse dualiste. » Nous ignorons, dit-il, et nous n'avons pas à rechercher le mode réel d'agglomération des éléments des corps. Mais, par suite, il nous est loisible, dans la sphère bien circonscrite de nos recherches positives, de concevoir la composition immédiate d'une substance quelconque comme seulement binaire, chacun des deux corps ainsi séparés pouvant lui-même, selon le cas, se prêter à une analyse semblable, également binaire, et ainsi de suite, s'il y a lieu. Nous n'affirmons pas que le dualisme soit une loi