‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 72 sur 161 · I. Cours, III · texte numérisé non relu

I. Cours, III

phénomènes physiologiques et anatomiques de plus en plus compliqués *.

Cette conception qui, malgré les réserves de Comte, paraît encore tout imprégnée de l'esprit cartésien, le conduit à un énoncé « le plus mathématique possible » du problème biologique : « Etant donné l'organe ou la modification organique, trouver la fonction ou l'acte, et réciproquement2. » Rien de plus conforme à la définition générale de la science, qui consiste à substituer la connaissance des lois à celle des faits, et la prévision rationnelle à la constatation empirique. C'est là, il est vrai, un « type scientifique idéal », dont la biologie, qui entre à peine dans l'état positif, est extrêmement éloignée. Mais il n'y a pas de science qui ne soit plus ou moins inférieure à sa définition. L'usage de celle-ci est déjà un secours pour une science, et fournit un moyen d'en mesurer les progrès.

La biologie est privée, en partie ou même entièrement, de certains procédés de méthode usités par les sciences qui la précèdent. Elle ne peut pas employer le calcul. Sans doute, chacun des éléments qui composent un phénomène physiologique varie suivant une loi définie. Mais l'ensemble de ces éléments forme un tout si complexe, que nous ne pourrons jamais mettre leurs rapports en équation. Puis, les nombres relatifs aux phénomènes des corps vivants présentent des variations continuelles et irrégulières, ce qui ne permet pas

r. Cours, III, 271-2.

a. Cours , III, 237.

d'établir les données d'un calcul1. Chaque être vivant a son individualité, sa formule propre, ses réactions caractéristiques, qui empêchent de le traiter comme identique aux autres êtres de même espèce. Chaque <( cas » physiologique ou pathologique se distingue d'un autre. C'est pourquoi Comte se défie des statistiques. Il les juge trompeuses en physiologie, et funestes en médecine. Claude Bernard, de même, s'élèvera avec vivacité contre l'abus des moyennes.

La méthode indue tive est-elle au moins d'un usage commode en biologie ? — La simple observation ne peut pas conduire loin dans l'étude de phénomènes si complexes, et dont beaucoup ne sont pas directement accessibles à nos sens ni à nos instruments. L'expérimentation y est très difficile. Rien de plus aisé que de troubler, de suspendre, ou même de faire entièrement cesser les phénomènes de la vie. Mais il est presque impossible d'y introduire une perturbation exactement déterminée, soit quant au genre, soit, a fortiori, quant au degré. En effet, une modification d'une seule des conditions du phénomène affecte presque aussitôt la plupart des autres, en vertu de leur consensus. L'expérimentation n'est pas interdite, en principe, à la biologie. Au contraire, elle y est d'une efficacité remarquable. Mais elle y est souvent impraticable.

Toutefois, ce n'est pas, comme on sait, l'intervention de l'homme dans les phénomènes qui constitue proprement l'expérimentation. Celle-ci consiste, avant tout, dans le choix rationnel des cas, (naturels ou factices, il importe peu), qui sont les plus propres à

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