‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 74 sur 161 · Cours, III · texte numérisé non relu

Cours, III

r<àux de la biologie recevraient-ils une solution? Si nous considérons un organisme isolément, la complication des fonctions et des organes y est inextricable. Mais, si nous comparons cet organisme à ceux qui sont les plus voisins de lui, puis à d'autres proches de ceux-ci, et ainsi de suite, en dégageant ce qu'ils ont de commun, une simplification se produit. Les caractères accessoires disparaissent peu à peu, à mesure qu'on descend dans la série biologique, et si l'on s'est proposé l'étude d'une certaine fonction, on peut enfin en déterminer le rapport avec son organe.

Propre à la biologie, cette méthode a son analogue dans d'autres sciences, et particulièrement dans les mathématiques. Elle me paraît offrir, dit Comte, un caractère semblable à celui de l'analyse mathématique, qui met en évidence, dans chaque suite de cas analogues, (( la partie fondamentale commune à tous, laquelle avant cette généralisation abstraite, était enveloppée sous les spécialités secondaires de chaque cas isolé. » La méthode comparative est. en un mot, un procédé d'analyse de la continuité biologique. Soit qu'il s'agisse d'une disposition anatomique ou d'un phénomène physiologique, « la comparaison méthodique de la suite régulière des différences croissantes qui s'y rapportent offrira toujours le moyen le plus certain et le plus efficace d'éclaircir jusqu'en ses derniers éléments la question proposée. » On voit que Comte a songé à sa conception du calcul infinitésimal. Bien mieux, là où des termes manquent dans la série organique, il n'hésite pas à les supposer pour rétablir la continuité. Il introduit des « organismes fictifs » intermédiaires, hypothèses dont la paléontologie fera peut être un jour des réalités.

Au moyen de cette méthode, non seulement on con^ naîtra un bien plus grand nombre de cas, mais, ce qui importe davantage, on connaîtra mieux chacun d'entre eux,« par une conséquence inévitable de leur rapprochement. » On suppose, il est vrai, que tous ces cas divers présentent une similitude fondamentale, accompagnée de modifications graduelles, toujours assujetties aune marche régulière. Mais cette hypothèse est, comme nous l'avons vu, impliquée dans la définition même de la biologie générale.

La méthode comparative s'appliquera donc successivement aux différentes parties d'un organisme, aux différents âges d'un même organisme, aux différents organismes de la série animale et végétale. Elle s'appliquera même à la vie embryonnaire. Comte formule nettement la loi de von Baer, tout en faisant les réserves indispensables. L'état primitif de l'organisme le plus élevé, dit-il, doit représenter, au point de vue anatomique et physiologique, les caractères essentiels de l'état complet propre à l'organisme le plus inférieur, et ainsi successivement, « sans que l'on puisse retrouver l'analogue exact de chaque terme principal de la série organique inférieure dans la seule analyse des diverses phases du développement de chaque organisme supérieur. » Cette comparaison permet de réaliser, pour ainsi dire, dans un même individu la complication croissante d'organes et de fonctions qui caractérise l'ensemble sommaire de la hiérarchie biologique. Elle est ainsi « particulièrement lumineuse1. » Le livre de Von Baer avait paru, en allemand, en 1827. Si Comte l'avait

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