I. Cours, III
connu, il est très probable qu'à son habitude il l'aurait cité.
Pour considérer les organismes dans îa suite régulière qui permet la comparaison, il faut avoir établi l'ordre dans lequel ils doivent être rangés. Mais, inversement, pour établir cet ordre, la connaissance de l'anatomie et de la physiologie est indispensable. Donc ces deux sciences d'une part, et la « biotaxie » de l'autre sont solidaires. Le problème de la classification est ainsi une partie essentielle de la biologie générale. Dans la classification naturelle que poursuit la science, la position assignée à chaque organisme suffirait à définir aussitôt l'ensemble de sa nature anatomique et physiologique, comparativement soit a ceux qui le précèdent, soit à ceux qui le suivent1. Toute classification naturelle ne peut d'ailleurs être qu'imparfaite. Habitués à des classifications artificielles, qui comportent une perfection absolue et immédiate, nous nous étonnons qu'il n'en soit pas de même pour la classification naturelle. Mais, si celle-ci est une science réelle, il faut avouer que nous ne pouvons atteindre, là comme ailleurs, qu'à des approximations plus ou moins lointaines. La coordination des espèces vivantes est un problème comme l'analyse statique ou dynamique d'un organisme déterminé. Elle ne comporte, comme cette analyse, que des solutions approchées2.
Comment, d'abord, faut-il entendre l'espèce ? Entre
i. Cours, III, 437.
a. Cours, III, 456-7.
Ltvï-BnuHL. — Àug. Comte. i4
2IO LA. PHILOSOPHIE d'aUGUSTE COMTE
Guvier et Lainarck, Comte prend parti pour Cuvier, avec cette réserve cependant que. <x sur cette question capitale, les idées ne sont pas encore convenablement arrêtées. » Deux raisons l'inclinent surtout à admettre la fixité des espèces. La théorie de Lamarck n'est pas suffisamment prouvée : nous ne voyons nulle part que le milieu exerce sur les organismes l'influence presque illimitée que Lamarck lui attribue. Sans doute, l'exercice sollicité par des circonstances extérieures tend à modifier, entre certaines limites, l'organisation primitive. Mais cette action du milieu et cette aptitude de l'organisme sont certainement très circonscrites. D'autre part, si nous avons le choix entre les deux hypothèses, l'intérêt de la science nous conseillera d'user de cette liberté en faveur de Guvier. La iixité des espèces garantit que la série des organismes sera toujours composée de termes nettement distincts, séparés par des intervalles infranchissables. Gela (( augmente le degré de perfection rationnelle que comporte l'établissement définitif de cette hiérarchie1 . » C'est donc par un motif purement formel que se décide ici la préférence de Comte. Car il a bien senti la force et la portée des travaux de Lamarck. Des deux célèbres antagonistes, dit-il, Lamarck était sans conteste celui (( qui manifestait le sentiment le plus net et le plus profond de la vraie hiérarchie organique2. »
Comte a même fait justice de certaines objections, qui ne portent pas contre Lamarck. Ainsi, on pourrait penser d'abord que, dans son hypothèse, il n'y a plus de véritable série zoologique, puisque les organismes