Pol. pos., I
ticipation habituelle du raisonnement dans les opérations attribuées à la seule sensation. » L'activité propre de l'esprit entre dans tous ses actes, même dans les plus humbles.
La pathologie mentale existe à peine, faute d'esprit scientifique chez les aliénistes. Pourtant, si le principe de Broussais est vrai, c'est-à-dire, si les phénomènes morbides se produisent en vertu des mêmes lois que les phénomènes normaux, quel parti les savants ne devraient-ils pas tirer des maladies mentales ! Ce sont des cas privilégiés que la nature réalise pour eux, de véritables expériences, où ce qui est inséparable dans l'état normal apparaît dissocié. Que de lumière pourrait être jetée par là sur bien des questions physiologiques et même anatomiques, en particulier en ce qui concerne le sentiment du moi, (maladies de la personnalité, aboulie, etc.), et les facultés d'expression, isolées des facultés de conception, (maladies du langage) !
La psychologie animale ne serait pas moins instructive. Toutes les facultés affectives et intellectuelles sont communes aux hommes et aux animaux, hormis peutêtre les aptitudes intellectuelles les plus éminentes. Encore cette exception est-elle douteuse, si l'on compare sans prévention les actes des mammifères les plus élevés à ceux des sauvages les moins développés. Il faudrait étudier les mœurs et l'esprit des espèces sauvages. Il raudrait observer les changements qu'introduit chez elles la domestication. Ici encore, tout ou presque tout est à faire *.
i. Cours;, HT. G6o.
Il y a^donc, quoi qu'on ait dit, une psychologie de Comte. Et, qui plus est, cette psychologie n'est pas très éloignée, en un sens, de celle des Ecossais et des éclectiques, dont il a tant combattu la méthode. Les points de contact sont nombreux et importants. De part et d'autre, les phénomènes psychiques sont rapportés à des facultés, et celles-ci représentées comme des « dispositions », ou « propriétés » innées. De part et d'autre, le problème psychologique essentiel paraît être de déterminer le nombre et les rapports de ces facultés, dont l'action diversement combinée produit les phénomènes psychiques : il s'agit, avant tout, de ne pas considérer comme une faculté élémentaire ce qui résulte en effet du concours de plusieurs, ou inversement. De part et d'autre enfin, on prétend fonder cette doctrine des facultés innées sur l'observation de la nature humaine.
Comte avait vu lui-môme que, au moins pour la critique de Condillac, il se trouvait d'accord avec les éclectiques. line leur refusait sur ce point que l'originalité. Ils n'ont fait, selon lui, que vulgariser, en des déclamations obscures et emphatiques, ce que les physiologistes comme Charles Bonnet, Cabanis, et principalement Gall et Spurzheim avaient exposé depuis longtemps à ce sujet, d'une manière plus nette, et surtout plus exacte. De son côté Garnier, l'auteur du Traité des Facultés de VAme% avait fort bien aperçu les rapports de l'éclectisme avec la doctrine de Gall, et les avait
LA. PS\CîiO.'.OGl£ 2^1
étudiés dans un ouvrage intitulé De la Phrénologie et de la Psychologie comparées, qui parut en i83().
Pourquoi donc Comte atlao^ue-t-il les éclectiques avec tant d'insistance et tant de violence, si, en fait, les résultats de sa psychologie ne s'éloignent pas beaucoup de ce qu'ils disent ? — C'est qu'en réalité, sous les ressemblances apparentes de doctrine, se cache une divergence de méthode aussi grave qu'on puisse la concevoir. Pour Cousin, et surtout pour le Cousin d'avant i83o, la psychologie n'est pas une fin en elle-même. Elle est un moyen qui lui sert à s'élever à la science de l'être en soi et de l'absolu. Le « moi » qu'il analyse est indépendant de l'organisme. C'est là ce que Comte condamne comme un retour en arrière. « Quelques hommes, méconnaissant la direction actuelle et irrévocable de l'esprit humain, ont essayé depuis dix ans de transplanter parmi nous la métaphysique allemande, et de constituer, soas le nom de psychologie, une prétendue science entièrement indépendante de la physiologie, supérieure à elle, et à laquelle appartiendrait exclusivement l'étude des phénomènes moraux1. » Et cette tentative de réaction se produit au moment même où les travaux de Cabanis et de Gall viennent de faire entrer cette élude dans la voie positive !
Il va de soi, dans le système de Comte, que les phénomènes psychiques sont subordonnés, quant à leurs conditions d'existence, à tous les ordres de phénomènes naturels plus généraux. Comte devait donc naturellement suivre Cabanis et Gall. Mais il a pensé que, pour établir la science des « fonctions transcendantes », le
i. Pol. pos., IV. Appendice, p. 218.
Lévt-Bruhl. — Aug. Comte.
point de vue biologique était insuffisant. Les considétraions anatomiques ne sont, dans ce cas, qu'une sorte de réduplication et de transcription des considérations physiologiques. Gomme le disait de son côté Maine de Biian, en des termes curieusement semblables à ceux de Comte, « une distinction de sièges attribués à l'exercice de chaque faculté doit se référer nécessairement elle-même à une autre division des facultés préétablie Des hypothèses ainsi entées sur des hypothèses d'un ordre différent ne contribueraient pas beaucoup à éclairer l'analyse de nos fonctions intellectuelles \ » Seulement, au lieu de faire appel, comme Maine de Biran, à la réflexion, Comte s'élève du point de vue biologique au point de vue sociologique. Il reconnaît que la méthode subjective convient seule à la science des phénomènes psychiques. Mais, à la place de la méthode subjective métaphysique, par laquelle le moi a l'illusion d'analyser ses opérations, et de saisir sa propre activité, il emploiera la méthode subjective positive. Le sujet dont il fera l'analyse sera l'esprit humain, ou pour mieux dire, l'âme humaine considérée dans son évolution continue, c'est-à-dire dans ses religions, dans ses sciences, dans sa philosophie, dans son langage et dans son art. Là est la matière d'une psychologie qui ne sera plus chimérique, mais réelle, qui sera positive, en un mot, comme la biologie dont elle dépend et qui s'achève en elle.
Si on laisse de côté la conception des « facultés » , que Comte a acceptée un peu vite des mains des Ecossais et de Gall, et le « tableau cérébral », qu'il a cru