I. Cours, III
PASSAGE DE l' ANIMALITÉ A L'HUMANITÉ 25 1
instinct? « Une impulsion spontanée vers une direction déterminée, indépendamment de toute influence étrangère. » Mais, dans cette acception, le mot s'applique à l'activité d'une faculté quelconque, aussi bien des facultés intellectuelles que des autres. Il n'y a point de contraste entre l'instinct et l'intelligence. On dira d'un enfant qu'il a « l'instinct » de la musique, du dessin, du calcul, etc. En ce sens, l'homme a certainement autant et plus d'instincts que les animaux. Si, d'autre part, on appelle intelligence la faculté de modifier sa conduite d'après les circonstances de chaque cas, les animaux sont, comme l'homme, plus ou moins intelligents et raisonnables. Autrement, il est clair qu'ils seraient condamnés à disparaître très vite.
Mais les animaux n'ont point de langage. — Autre erreur d'observation. Les animaux supérieurs ont un certain degré de langage correspondant à la nature et à l'étendue de leurs relations. Ce langage n'est pas plus fixe que les prétendus instincts. Le langage de chaque espèce sociale est frappé d'un arrêt de développement, précisément comme la société que cette espèce tendait à fonder. Les limites de son progrès, qu'elle ne dépasse pas en effet, résultent de l'ensemble des obstacles qu'elle rencontre, par suite de la concurrence des autres espèces, et particulièrement de l'espèce humaine, sans parler de ceux que peut présenter aussi l'imperfection des organes1.
Beaucoup d'animaux sont susceptibles de besoins désintéressés. Ils aiment, par exemple, à exercer leurs fonctions animales pour le plaisir de les exercer, c'est-