‹ La philosophie d'Auguste ComteChapitre 93 sur 161 · PoL pos., Il · texte numérisé non relu

PoL pos., Il

PASSAGE DE l'aTHIMALITÉ A INHUMANITÉ 253

M. de Quatrefages, qui appelle l'homme un animal religieux. Le pas décisif a été franchi le jour où l'intelligence de l'homme a passé du fétichisme à l'astrolâtrie \ Cette (( grande création des dieux » a été le premier essai de l'activité purement spéculative de son esprit. Tout le développement ultérieur de l'humanité est sorti de là.

Ainsi , les arguments qui prétendent établir entre l'animal et l'homme une distance infranchissable reposent, en général, sur des faits mal observés. Nous trouvons, au contraire, chez les animaux les rudiments plus ou moins visibles de tout ce qui a si magnifiquement évolué dans l'humanité. Comment et pourquoi cette espèce est-elle devenue pour ainsi dire incomparable, incommensurable avec lés autres, nous ne pouvons le décrire en détail. Elle a dû avoir le dessus, non pas en vertu de tel ou tel avantage particulier, (bien qu'important), comme la station droite ou la possession d'une main, mais à cause d'un concours de beaucoup de conditions favorables, dont l'ensemble lui permettait un développement pour ainsi dire indéfini. À partir d'un certain moment, l'arrêt de l'évolution sociale des autres espèces fut définitif, le progrès de l'espèce humaine, décisif. L'influence initiale des diverses conditions ne saurait être estimée d'après le développement présent des diverses facultés humaines, car ce développement est dû surtout à la vie sociale qu'elles ont permise. Chacune des supériorités de l'homme peut avoir été très peu marquée à l'origine. Le temps, l'action des autres fonctions supérieures, l'exercice, l'hérédité ont joué là leur

l. Cours, V, ioo- 1.

rôle. Les « attributs humains » ont donc dû croître constamment, en consolidant toujours « l'ascendant » qu'ils avaient déterminé. En même temps, les attributs correspondants ont dû décroître dans les espèces rivales, immobilisées et comprimées. Peu à peu, sans doute, l'intervalle s'est élargi, jusqu'à devenir un fossé si large et si profond que l'on n'imagine plus comment il a pu être franchi. Mais la biologie et la sociologie nous enseignent à en mieux juger. Nous Talions voir, avec quelque détail, au sujet de l'importante question du langage.

La théorie du langage avait été, pendant le xviir* siècle, un des objets favoris de la spéculation philosophique. Celle-ci y avait procédé, en général, par l'analyse abstraite et logique. Elle voyait surtout dans le langage un produit des facultés intellectuelles de l'homme. Mais, déjà, dès la seconde moitié du siècle, cette conception avait été attaquée, en Allemagne, par l'école qui commença la réaction contre les « philosophes », et dont le nom le plus illustre est Herder. En France, l'école traditionnaliste sentit que l'on touchait là à l'un des points faibles de la philosophie du xvine siècle. Elle insista sur les caractères du langage que cette philosophie n'expliquait pas. Comte connaissait ses travaux, et en particulier ceux de M. de Bonald, qu'il appelle un « penseur énergique1. » Mais sa méthode diffère de la leur. Il ne s'accorde avec eux que sur la partie critique de leur doctrine.

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