‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 12 sur 127 · l'Avenir de la Seienee, pp · texte numérisé non relu

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pliquo toute sa philosophie et qu'en môme temps rien n'est plus éloigné de l'esprit chrétien1. Rien n'est plus vrai. Mais Saint-Sulpice ne peut-il pas avoir contribué à produire la théorie qui devait si radicalement contredire son enseignement?

Ce qui caractérise les théories morales de Renan, c'est qu'elles n'accordent à la conscience aucune valeur propre, aucune autorité spéciale. Ne pourrait-on pas dire que l'éducation cléricale a précisément négligé de développer en lui la conscience? Certes, celle qu'il a reçue devait être pénétrée d'un profond esprit chrétien et nous ne demandons qu'à reconnaître sans rélicences la haute valeur des hommes qui la lui ont donnée. Saint- Sulpice n'a point coutume de préparer au dilettantisme. Mais les éducateurs religieux ont trop souvent le tort de ne montrer dans le dictamen intime que l'écho «l'une volonté étrangère; la plupart ne pensent pas qu'il n'est que cela, mais ils ont l'air de le penser ; ils négligent de présenter l'obligation comme une exigence de notre nature la plus profonde, ils en font purement et simplement un ordre qui n'a d'autre fondement et d'autre titre

i. Année philosophique (aunée iS'JO], p 264. R. Ai i lui.

à notre respect qu'un décret divin. Ils donnent ;i L'âme le pli de l'obéissance et ils croient ;ivoir formé la conscience. Que la foi au décret divin s'écroule, et la raison pratique a été si bien élevée qu'elle se tait. « En s'attachant exclusivement au bien, dit Renan, l'ascétisme chrétien le conçut sous la forme la plus mesquine; le bien fut pour lui la réalisation de la volonté d'un être supérieur, une sorte de sujétion humiliante pour la dignité humaine1.» C'est bien là une critique de la morale cléricale qui lui avait été enseignée et qui faisait des devoirs une série d'ordres et de consignes. Le malheur est que Renan n'a été que trop bien façonné par cette éducation : il n'a pas su distinguer entre le décret extérieur et l'impératif moral. On peut nous arrêter ici. Avons-nous bien le droit de parler ainsi de la conscience d'un homme qui a donné un si bel exemple de fidélité à ses principes et de loyauté intellectuelle? Quand un homme a eu le courage de conformer sa vie tout entière & une conviction libremenl conquise, ne faut-il pas s'incliner devant la vigueur et la beauté de Bon caractère?

\. L'Avenir de la Science, p. 9.

Cette objection suppose une chose inadmissible, à savoir, que nous aurions la prétention de juger la conscience de Renan, d'en noter le degré de moralité et d'immoralité. Libre à ceux que celle tache peut séduire de se livrer à cette enquête; e'.le suppose chez eux une assurance morale et une conviction d'infaillibilité que nous ne nous permettrons pas de discuter. Mais ne commet-on pas ici une fréquente confusion? Etudier la conscience d'un homme, c'est apprécier ses inten-. tions intimes, le rapport établi par lui entre ce qu'il croit au fond être le bien et ce qui est en fait sa conduite. Il y a là un drame qui se joue en toute créature morale, mais celui-là seul qui en est l'acteur, le connaît. Etudier la conscience d'un homme, c'est encore étudier la facilité ou la difficulté avec laquelle il produit des actes moraux. On reconnaît l'arbre à ses fruits; à ses actions on distingue à quelle famille d'hommes appartient un indhidu. Un examen de ce genre n'est plus d'une impertinente témérité; et il est certain qu'il tourne à la louange de Renan, l'eu d'hommes ont vécu comme ce dilettante; il a mené une existence pure, honnête, consacrée à la science, absolument désintéressée. Dans un pays qui raille trop aisément

certaines victoires sur L'instinct, il a pu se rendre un témoignage qui lui fait honneur : « Le monde voit une sorte de ridicule à rester chaste quand on n'y est pas obligé par un devoir professionnel. 11 est hors de doute (m'en ce point mes principes cléricaux, conservés dans Le siècle, m'ont nui aux veux du inonde... Ma part a été lionne et ne me sera pas enlevée; car je m'imagine souvent que les jugements qui seronl portés sur chacun de nous dans la vallée de Josaphat, ne seront autres que 1rs jugements des femmes contresignés par L'Eternel1. » Remarquons pourtant que Renan est resté- pur par habitude de jeunesse, par tempérament, par beauté de nature; il ne semble pas avoir eu à traverser Les Luttes «le la volonté morale et de la pass'mn : « Je déclare que, quand je fais le bien, j'1 oe Livre aucune bataille et oe remporte aucune victoire, que je fais un acte aussi indépendant et aussi spontané que celui de L'artiste qui lire du fond de sou âme la beauté pour la réaliser au dehors*. » Ces tempéraments doux, honnêtes ci pins constituent sans doute un Inappréciable privilège ; ils ont aussi un danger pour qui les

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