Souvenirs d'enfance et de jeunesse, pp
calion catholique amène souvenl ceux qu'elle façonne à n'admettre que la liberté «lu bien el à proclamer la souveraineté du but, ad majorait I)ei gloriam. Or ces deux principes seront toujours chers à Renan.
Il se préoccupe assez peu de la gloire de Dieu, a moins que l'on ne donne à ce «vieux mot», à mot lourd » un sens que les parties basses «le notre espèce ne soupçonnent pas; il substitue a l'avènemenl du royaume «les cieux le progrès de l'humanité, el cette fin suprême a une telle noblesse qu'il faut lui sacrifier tout le reste. SI jamais L'esclavage a pu Être utile à La société, il a été chose bonne et nécessaire, car alors les esclaves son i Les serviteurs de L'œuvre divine, - ce <|ui ne répugne pas plus que L'existence de tant d'êtres attachés fatalement au joug d'une idée qui leur est supérieure et «ju'ils ne comprennent pas ». Les droits n'ont rem d'absolu, ils disparaissent devant La oécessité de La marche en avant. Si L'on n'envisageait que le bien-être qui en résulte pour Les civilisés, peut-être faudrait-il hésiter a sa 'rifier pour Le bien de la civilisation une portion de L'humanité ù l'autre; mais s'il s'agit de réaliser uno forme plus belle de L'humanité, l'immolation
des individus »isi permise1 : « Le progrès suffit pour tout légitimer8. » La doctrine de la souveraineté du but entraîne forcément celle de la liberté du bien. La personne, loin d'être une fin en elle-même, n'est qu'un moyen pour arrivera une fin supérieure. Ne nous étonnons pas. Renan nous a déjà dit qu'il n'a dû sa crise qu'à des raisons de philologie et de critique. Il n'a été rebuté par aucun de ces actes de l'Eglise qui ont consisté précisément à sacrifier au but sacré des individus humains: « Je n'aime ni Philippe II, ni Pie V; niais si je n'avais pas des raisons matérielles de ne pas croire au catholicisme, ce ne seraient ni les atrocités de Philippe II, ni les bûchers de Pie V qui m'arrêteraient beaucoup 3. » Et ceci n'est pas une boutade sans conséquence, un de ces traits par lesquels il aimait à déconcerter ses lecteurs. En 1848, à peine sorti du séminaire, passionné d'indépendance, ivre d'ambitions scientifiques, il eût été nature] qu'il condamnât avec violence l'intolérance du passé. Or voici ce qu'il en pensait: « On est parfois injuste pour les persécutions de
\. L'Avenir di la Science, p. 385.