Ibid., p. v
avoir un écho de ce qu'eu pensèrent les juges de la Sorbonne. Beaucoup d'entre eux n'étaient-ils pas alors dominés par les conceptions que Cousin avait développées dans son cours de 1828? — « Chaque système, avait enseigné le maître, n'est pas faux, mais incomplet; d'où il résulte qu'en réunissant tous les systèmes incomplets on aurait une philosophie complète, adéquate à la totalité de la conscience. » L'histoire, répétait-on avec lui, est l'expression de la vérité, si l'on en retranche les éléments négatifs pour De laisser subsister que les éléments positifs. Renan rompait sur ce point avec l'éclectisme. Mais comme il lui ost souvent arrivé, il opposait à une théorie une affirmation pure et simple. Les motifs de son attitude étaienl longuement expliqués dans V Avenir île ht Science, c'est-à-dire dans on ouvrage ignoré du public. Us n»' purent être devinés et compris que quelques années plus tard.
Au mois de janvier 1860, il publia, à propos du grand ouvrage de M. Vacherot, un article étendu sur f Avenir de la Métaphysique. Les deui gros volumes <l<i l'ingénieux penseur sont consacrés à démontrer que la métaphysique existe, et c'est qui étonne Renan. Ainsi ne procèdent pas les
sciences naturelles et historiques. Les premiers géologues n'ont pas écrit des livres pour démontrer que la géologie existe ; ils ont fait de la géologie. « Cinquante pages de théorie prouveraient plus pour la réalité de la métaphysique que les douze ctmls pages de M. Vacherot. Si l'on entend par métaphysique le droit et le pouvoir qu'a l'homme de s'élever au-dessus des faits, d'en voir les lois, la raison, l'harmonie, la poésie, la beauté ; si l'on veut dire que nulle limite n'est tracée à l'esprit humain, qu'il ira toujours montant l'échelle infinie de la spéculation (et pour moi je pense qu'il n'est pas dans l'univers d'intelligence supérieure à celle de l'homme en sorte que le plus grand génie de notre planète est vraiment le prêtre du monde, puisqu'il en est la plus haute réflexion) ; si la science qu'on oppose à la métaphysique est ce vulgaire empirisme satisfait de sa médiocrité, qui est le contraire de toute philosophie, oui, je L'avoue, il y a une métaphysique : rien n'est audessus de l'homme. Mais si l'on veut dire qu'il existe une science première, contenant les principes de toutes les autres, une science qui peut, à elle seule, et par des combinaisons abstraites,
nous mener à la vérité sur Dieu, le monde,
L'homme, je ne vois pas la nécessité d'une toile catégorie de l'esprit humain '. » La philosophie i",i moins une science qu'un coté de toutes les sciences; elle est l'assaisonnement sans lequel tous les mets sont insipides, mais qui à lui seul ne constitue pas un aliment. Il ne faut pas L'assimiler à une science particulière, mais la rapprocher de l'art et de la poésie. Toute intelligence, la plus humble comme la plus sublime, a eu sa façon de concevoir le monde, d'en être Le miroir. Tout être vivant a eu son rêve qui L'a charmé, consolé, réconforté; « grandiose ou mesquin, plat ou sublime, ce rêve a été sa philosophie. » Voila pourquoi L'histoire de la philosophie ue présente point ce développement régulier, ces acquisitions successives, que L'on trouve dans L'histoire des Bciences particulières. Prenez «l'autre part une collection de mémoires scientifiques ; ?ous verrez des travaux qui dénotenl plus ou moins d'habileté ; mais vous n'en découvrirez aucun qui ?OUS donne
quelque indice sur Le caractère moral de L'auteur. Il i ) ' . - 1 1 esl pas de même en philosophie ; l'individualité de chaque penseur s'\ trahit : « Chacun