‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 29 sur 127 · lbid.,p · texte numérisé non relu

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monuments existants; elles changent une foule de détails, elles en ajoutent, elles intervertissent les plans et les distances. Et poiut.uit si on les prend, non comme une représentation des traits matériels du paysage, mais comme un essai pour en rendre l'impression générale, ''lies sont plus exactes que la meilleure photographie : celle-ci, en effet, ne nous montre que des lignes inanimées, elle dissimule l'âme et le type idéal de l'objet qu'elle reproduit, tandis que la gravure en donne le sens moral et esthétique, c'est-à-dire, au point de vue d'une philosophie élevée, sa plus intime réalité'.» Remplacez dans ce développement la gravure par la philosophie, la photographie par

une quelconque des sciences spéciales, et vous aurez la formule de la conception que nous analysions plus haut.

Et n'est-ce pas à l'histoire que Renan a emprunté sa notion de la vérité? L'histoire ne découvre pas la religion en soi, mais des religions, ni la morale idéale el une, mais des mœurs, ni des principes, mais «les faits ; elle explique tout, e1 il n'y a pas loin d'expliquer un événement on une

1 Essan dt ÀJcrtU it d$ Critiyut, p. 130.

opinion à les approuver. Cet événement ou cette opinion ont été ce qu'ils ont pu et ce qu'ils ont dû; ils ont donc été légitimes, c'est-à-dire non seulement réels, mais fondés en raison. Les contradictions font partie intégrante du monde, et il faut les reproduire fidèlement si l'on veut être un miroir en face des choses : « Je suis un penseur, comme tel je dois tout voir. Un ouvrage complet ne doit pas avoir besoin qu'on le réfute. L'envers de chaque pensée doit y être invoqué, de manière gué le lecteur saisisse d'un seul coup d'oeil les faces opposées dont se compose toute vérité !. »

Renan a grandi à l'infini sa conception de L'histoire et en a fait sa conception de la philosophie. Nous comprenons dès lors que celle-ci puisse être associée à un positivisme plus ou moins inconscient; réduite à une poésie dont la nécessité et le caractère illusoire sont également incontestables, elle peut coexister dans un esprit avec la négation de la connaissance transcendantale. La dé- (lnition n'en est pas fondée sur le kantisme, mais elle est fortiliée en un sens par la Critique de la raison pure, sans que le penseur se sente gêné

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