‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 41 sur 127 · Discours et conférences, p · texte numérisé non relu

Discours et conférences, p

science, « parce que des races honnêtes peu vont seules être des races scientifiques » '. Encore cette utilité n'est-elle pas absolue; pour l'amour de la science, le penseur sacrifierait volontiers la vertu : e .Mieux vaut un peuple immoral qu'un peuple fanatique; car les masses immorales ne sont pas gênantes, tandis que les masses fanatiques abêtissent Le monde, et un monde condamné à la bêtise n'a plus de raison pour que je m'j intéresse; j'aime autant le voir mourir ■. » Le bien n'est-il pas d'ailleurs subordonné au

beau? N'en est-il pas une espèce? o Je COI1ÇOÎS

pour l'avenir (pie le mot morale devienne impropre. . . .J'y substitue de préférence le mot esthétique. En face d'une action, je me demande plul i si elle esl belle ou laide que bonne ou mauvaise, . i je crois avoir là un bon critérium. » Si le prix de l;i vertu \ie:ii de la Liberté qu'elle procure, il f.iui qu'elle soil elle-même Liberté; il scrail contradictoire d'en faire une soumission. « La morale a été conçue jusqu'ici d'une manière fort étroite > comme une obéissance à une Loi, comme une lutte ultérieure entre ^\>-> luis opposées... L'homme

\. Veuilles détachSet, p. 436.

•1. L'Avenir île lu ScitHCt, préface, p. x.

vertueux est un artiste qui réalise le beau dans une vie humaine comme le statuaire le réalise sur le marbre, comme le musicien par des sons. Y at-il obéissance et lutte dans lacté du statuaire et du musicien ' ? » Cotte conclusion est d'ailleurs une conséquence de l'intellectualisme. La règle de la vie doit être conforme à la réalité des choses puisqu'elle doit mettre l'harmonie entre nous et le monde; or qui peut se flatter de connaître actuellement le fond de tout? L'humanité a perdu la foi ancienne ; elle est à la poursuite d'une nouvelle forme de croyance ; elle ne l'atteindra qu'en traversant un siècle d'incrédulité et d'immoralité spéculative. En attendant de posséder cette connaissance qui nous manque, il faut agir. Que faire? Epanouir notre être le plus possible, composer notre existence comme un beau poème que le monde ne comprendra peut-être pas , mais dont nous aurons la jouissance intime.

Tout ceci suppose que la nature humaine, laissée ,-i elle-même, va au bien. Orgueil, s'écrierat-on. «Il faut s'entendre, répond Renan. Si l'on entend par humilité le peu de cas que l'homme

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