‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 5 sur 127 · Souvenirs d'enfanre et de jeunesse, pp. 2i · texte numérisé non relu

Souvenirs d'enfanre et de jeunesse, pp. 2i

dous connaissions Cousin, Joulfroy. Pierre Leroux, comme on connaît Valcnlin et Basilide, je ?cui dire par ceux qui les ont combattus. Le formalisme rigide de la scolaslique ne permet pas de clore la démonstration dune proposition sans l'avoir fait suivre de la rubrique : solvuntur objecta. La sont exposées avec honnêteté les objections contre la proposition qu'il s'agit d'établir; ces objections sont ensuite résolues, souvent d'une manière qui laisse toute leur force aux idées hétérodoxes qu'on prétend réduire à néant. Ainsi, sous le couvert de réfutations faibles, tout l'ensemble des idées modernes venait a nous. Nous vivions d'ailleurs beaucoup Les uns des autres. L'un de nous, qui avait fait sa philosophie dans L'Université, nous récitait M. Cousin ; un autre, qui avait des études historiques assez étendues, nous disait Augustin Thierry; un troisième venait de L'école de Montalembert et Lacordaire. ■ M. Cousin nous enchantait; cependant Pierre Leroux, par sou aèrent de conviction et le sentiment qu'il avait des grands problèmes, nous frappait plus vivement encore; dous ne voyions pas bien l'insuffisance de ses éludes et la fausseté de son es. nrit. .Mes lectures habituelles étaient Pascal, Maie-

branche, Euler, Locke, Leibnitz, Descartes, Reid, Du gai tl Stewart '. »

Certes, ce catalogue n'est point médiocrement composé, l'homme qui se serait pénétré de la pensée de ces auteurs se serait donné une forte éducation philosophique. Mais l'essentiel n'est pas de lire, le résultat dépend de la façon dont on a lu et de ce qu'on a su découvrir dans un ouvrage. Il ne s'agit pas de se demander si Renan a lu avec intelligence et pénétration ; une telle impertinence trouverait son châtiment dans son absurdité même. Ce qu'on demande, c'est si l'élève n'était poiut dominé par des préventions, des opinions plus ou moins préconçues, qui ont pu l'empêcher d'avoir un commerce direct avec tel ou tel penseur dont il dévorait les écrits. A-t-il été vraiment à l'école de Pascal, de Malebranche, de Leibnitz, de Descartes? Ou bien a-t-il étudié ces philosophes à travers une autre pensée ?

Ce qu'on ne peut nier, c'est le peu d'influence que ces écrivains ont exercé sur lui et la façon défectueuse dont il en parle souvent. Que Pascal n'a pas agi sur lui, il est inutile de le démontrer.

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