‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 58 sur 127 · Le pv.'tre dt AVmi, p · texte numérisé non relu

Le pv.'tre dt AVmi, p

L\ POLITIQUE *2j

sont, elles peuvent servir les prétentions les plus opposées. On conçoit Napoléon se prenant pour un homme providentiel; il est grisé par sa fortune et pendant un certain temps il peut vraiment penser que tout tourne autour de lui. Guillaume Ier invoquera les décrets divins qui ont ordonné la fondation de l'Empire ; à l'heure de la victoire il incarne toutes les aspirations de l'Allemagne malheureuse. Le prêtre entend que tout se fasse à la gloire de Dieu; soit encore, mais il ne le veut que dans la mesure où il croit en son Dieu. Or que vaut la croyance de Renan en la finalité? Elle n'est point fondée sur une véritable démonstration; elle D'est qu'une vue esthétique qui résume une série d'impressions. Mais si ce n'est qu'une imagination poétique, peut-on en tirer une maxime de politique positive? Dans la mesure même où le penseur est convaincu qu'il ne sait rien de l'ordre réel des choses, il doit renoncer à déduire de son rêve des motifs de conduite. Renan le reconnaît, quand il s'agit de la moralité personnelle; il s'interdit de donner des conseils aux individus, il ne se pardonnerait pas de priver un seul individu d'une seule jouissance. On comprend celte discrétion, mais que ne s'en souvient-il en politique?

L'observation, répond Renan, nous montre des hommes qui sont faits pour servir el qui sont unis bis par la nature. « Le principe le plus nié par l'école démocratique est l'inégalité des races et la légitimité dès droits que confère la supériorité de la race1 » etRenan tient fort à ce principe. Examinons.

A quel signe reconnaîtrons-nous cette condamnation prononcée par la nature contre des milliers d'hommes? A leur incapacité de s'élever jusqu'à la distinction du bien et du mal, jusqu'à la ne morale proprement dite? Mais une observation attentive ne permet d'attribuer cette incapacité radicale à aucune race, il n'j en a pas nne seule qui ne puisse comprendre l'enseignemenl moral des missionnaires et j répondre. Chef, celles qui nous paraissent au dernier échelon de l'humanité, la conscience atteint parfois une délicatesse surprenante*. Les Papous ne l'ont point partie de l'aristocratie morale de notre espèce et Renan ne voil pourquoi ils Beraienl immortels. Les airs dédaigneux qu'il nous est loisible de prendre ;i leur

Page 1