‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 68 sur 127 · Etudes d'histoire religieuse, p · texte numérisé non relu

Etudes d'histoire religieuse, p

'1. La Réforme intellectuelle et morale de la France, p. 205.

3. Etudes d'histoire religieuse, préface, p. xxi. — Il est remarquable que l<i fin, si souvent citée, de cette phrase [et lors même qu'il pourrait, etc..) ne se trouve que dans la première édition des Études d'histoire religieuse ; dès la deuxième, elle est rcmplacée par ceci : « Et que le rôle de réformateur suppose en ceux qui se le donnent des qualités et des défauts qu'il n'a pas. » A

i4Ô LA PHILOSOPHIE D'ERNEST RENAN

volupté de cette contemplation est telle que Renan n'hésite pas à en gratifier Dieu, s'il existe : « l I univers est un spectacle qu'un Dieu se donne $ lui-même. Si-rvuns les intentions du grand Chorège en contribuant à rendre le spectacle aussi brillant, aussi varié que possible

quoi faut-il attribuer la correction? Aux protestations qui accueillirent cette déclaration d'égoïsme spéculatif? A l'influence d'Henriette Renan qui ne supportai! pas ces notes discordantes ' Quoi qu'il en suit, l'incidenl est instructif; il prouve combien, dès cette époque [1857), !<• malin génie île l'ironie possède Renan : il n'est tenu en échec que par le -><ùi de l'artiste. Un jour il triomphera de ce dernier obstacle •■! la phrase effacée en 1851 deviendra le th. me obsédant de développements peu renouvi lés. I. «Chose curieuse, toute cette théologie esthétique de l'in

lité n'est qu'i transposition en langage enjoué '1'' l'optimisme

de l'École. Saint Thomas nous avait appris, par l'intermédiaire di' Leibnitx, que la perfection '!<• re qui est ne saurait être celle de son créateur, qu'elle ne saurait exister dans les détails, mii* seulement dans l'ensemble, que la moins Infidèle image de Dieu est un monde dans lequel tous les degrés de bien seront réalisés dans une cbatne continue, que dans un tel monde chaque et. nécessairement mauvais pour autant qu'il esl limité, mais qu'en un autre sens il i si bon p a ce qu'il contient '!'■ positif et dans la

mesure "ù il' tribue a la perfection de l'ensemble. ■ Renan ne

dit pas autre chose : ■ L'égalité ne sera d< droit que qu.uict

tous pourront être parfaits dans leur mesure.. . L'humanité n'exis-

t, rut pas comme unité, si «lie était formée d'unités parfaitement

- et sans rapports de subordination entre elles. L'uniU

ite qu'a la < dition qm' des fonctions diverses concourent a

une même fin ; elle suppose la blérarchle <i • Hais chaque

partie esl parfaite quand elle e-t tout ''e qu'elle peut être, et qu'elle fait excellemment tout ce qu'elle doit faire. Chaque Individu ne sera j. un ùs parfait, mail l'humanité sera parfaite • t tons pai if H'rrunt i m |i. . fection. » (L'Arenir de la Science, p. 387.)

On ne s'étonne plus qu'interprétant les principes de 89, Renan en ait donné une caricature involontaire. Ils ne postulent le bonheur et la jouissance pour personne; ils proclament la dignité morale de tous, et il y a entre ces deux thèses plus qu'une nuance. Par suite ils ne justifient point tous les désirs personnels et le droit de l'individu n'est pas un principe nécessaire d'égoïsme et d'antagonisme. La liberté, telle que la théorie démocratique la comprend, ne consiste pas dans l'anarchie des volontés et dans le conflit des caprices; elle n'est pas séparable de l'ordre. La liberté, c'est l'ordre par l'annihilation des grandes et des petites tyrannies; l'ordre, c'est La coexistence des libertés sous la protection de lois qui garantissent à chacun l'exercice de son droit. L'enseignement des droits aboutit, d'ailleurs, nécessairement à celui des devoirs. Comment inculquer à un homme l'obligation de respecter la croyance, l'opinion et la conduite de ses semblables? Si l'on veut que cette obligation soit autre chose que l'habitude d'une tolérance indifférente ou dédaigneuse, il faut qu'elle soit mise en une étroite connexion avec Le droit d'autrui. Enfin parler de mon devoir de respecter la liberté et la dignité de mon voisin, n'est-ce point

parler de mon propre droit au respect? La politique juridique n'est donc pas fatalement une caus d'anarchie; jusqu'à preuve du contraire elle sera le principe de l'harmonie sociale que la conscienc eiig»\ N'y a-t-il aucune vertu à se pénétrer d sentiments que cette politique tmpos répandre autour de soi? Que des individus humains n'y parviennent pas en un jour, il serait puéril de s'en indigner; qu'en s'y efforçant ils se donnenl un idéal mesquin, il vaudrait la peine de l'établir.

Cert- .-s. il y a des heures où le démocrate le plus fervent aura de la peine à demeurer convaincu que telle créature dégradée est encore sacrée et qu'elle a une valeur infinie, et il sent le mépris monter au cœur et aux lèvres. Et il ne suffit pas dans la pratique de croire à la dignité de tout être humain, il faut encore, sous peine de découragement et d'abdication, croire qu'il peut armer luimême au sentiment de sa dignité, que ce relôi ment est possible pour le dernier des alcooliques . t pour la dernière des prostituées. L'on est autori» - chercher si ce phénomène extraordinaire d une résurrection morale oe se produit jamais et lie part ; et si 1 on le constate quelque part, on a

le droit et ledcYoir de se demander dans quelles conditions il s'est produit.. Hais nous avons que Renan a méconnu toutes les analyses qui v.'ht de prolégomènes à la politique des droits et nous allons voir qu'à ses yeux la religion n'a aucun rapport avec la morale.

R. Ai i iib.

Page 1