‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 72 sur 127 · V Avenir de la Science, p · texte numérisé non relu

V Avenir de la Science, p

pratiques n'existeni pas. Ce senlimenl es! celui qui porte L'homme à dépasser La nature, à la dominer ru esprit; il est analogue à celui que produit la contemplation du beau, il ne se dislingue pas des voluptés de la science désintéressée.

A certains moments, Renan a donné une autre définition «lu sentiment dont il s'agit : « L'homme est religieux au moment où le sentiment <!»• L'infini prend chez lui le dessus sur Le caprice ou la passion '. » Prenons-y garde : il ne s'agit pas i<i d'une puissance supérieure à nous, dont nous avons en quelque sorte lf contact et dont nous nous sentons dépendants; L'homme est en présence d'un mystère qu'il m1 peut sonder ; plus il possède «le connaissances et plus il sait combien il en possède

peu ; et celte inquiet llde date de l'eVeil luèlue de ->;i

pensée: L'homme allait inattentif. Tout à coup

un silence se fait, comme un temps d'arrêt, une

lacune de la sensation : <di : Dieu, se dit-il alors,

■ que ma destinée est étrange : Est il bien \ rai que

» j'existe? Qu'est-ce que le momie.' Ce soleil,

i ce moi •' Rayonne I -il de mon cœur?. . .

,( Pôrel je te vois par delà les nuages1! »

\. (lut lions contemporaines, p. 170. 2. Di*lofMt$ pkUo$opkif*4s, |>. 3'J.

Ce sentiment esl le frisson esthétique que l'homme, avec plus mi moins de naïveté, ('prouve de van I le mystère des choses. Il n'a rien de spécifiquement moral.

Rien ne montre bien à quel point de vue se place Renan comme son jugement sur Feuerbach. On sail que Feuerbach a professé l'athéisme le plus cynique et qu'il a poursuivi des plus grossiers outrages, non seulement le christianisme, mais la religion en général; il a persiflé comme une folie l'idée d'adorer un autre Dieu que l'homme et il n'a épargné' ses sarcasmes à aucun des grands souvenirs de l'Eglise chrétienne. Renan lui répond, el ce qu'il trouve de mieux à dire en faveur de l'Évangile, c'esl que celui-ci a son genre de beauté : « Partout où il y a originalité, expansion n*aie de quelques instincts de la nature humaine, il faut reconnaître et adorer la beauté. Plût à Dieu que M. Feuerbach se fût plongé à des sources plus riches de vie que celles de son germanisme exclusif et hautain ! Ah! si, assis sur les ruines du mont Palatin ou du nionl Cœlius, il eût entendu le son des cloches éternelles se prolonger à jamais sur les collines désertes où Home fut autrefois ; ou si, de la plage solitaire du Lido, il eût entendu le

carillon de Saint-Marc expirer sur les lagunes; s'il eûl vu Assise et ses mystiques merveilles, et la grande légende du second Chrisl du moyen âge, tracée par Le pinceau de Cimabue et de Giotto ; non, M. Feuerbach ue jetterait pas ainsi l'opprobre à une moitié de la poésie liumaint\ <-t ne sVxHamerail pas connu-' s'il voulait repousser de lui le fantôme d'Iscariolh '. » Nous saisissons ici sur le vif et' que Renan appelle le culte de l'idéal ; il ne il que "l'un idéal purement esthétique. Ce que L'historien vante dans ce christianisme, c'esl ce qui n'y est pas moralt-incnt Le plus admirable : < Prenons-^ garde, Les grands air d'abstention et de sacrifice ne sont souvent qu'un raffinement d'instincts qui se contentenl par Leur contraire. Le spiritualisme chrétien est, au fond, bien plus sensuel que ce qu'on appelle Le matérialisme antique et ressemble plutôt a un affaissement... Hais tout cela esl de la nature humaine, tout cria esl venu à son temps, tout cela est sorti à son jour du germe éternel des bonnes choses ■. »

Qu'est-ce que Le sentiment religieux? demanderons nous une dernière fois. Kt nous constatons

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