Saint Paul, p
2. Cette excellente interprétation de la pensée de Renan est de M. Millioud, La Religion de M. Renan, p. 70.
ticisme nous plaise ou nous déplaise, peu importe. Le méconnaître, c'est fausser et même détruire la doctrine de Paul. Ce n'est pas l'histoire qui a conduit Renan à ne voir dans la piété que des excès de sentimentalisme.
C'esl en vertu de ce même apriori que Renan a pu se plaire à rapprocher arbitrairement les personnages les plus dissemblables, à les réunir dans son panthéon et à répéter qu'ils ont vécu de sentiments identiques. N'y a-t-il pas connut' une gageure dans ce portrait de Marc-Aurèle : <■ Il arriva à la parfaite bonté, à L'absolue indulgence, à L'indifférence tempérée par la pitié et le dédain. 11 avait raison. La plus solide bonté est celle qui se l'onde sur le parlait ennui, sur la vue claire de ce fait que tout en ce monde est frivole <'t sans fond réel... La bonté du sceptique esl la plus assurée, el 1<' pieui empereur était plus que sceptique; le mouvement de la vie dans cette âme était presque aussi doui que les petits bruits de l'atmosphère intime du cercueil. Il avait atteint le nirvana bouddhique, la paix du Christ. Comme Jésus, Çakia-
M i. Socratc, François d'Assise el Irois ou
quatre autres sages, il avait totalement vaincu la mort. 11 pouvait sourire d'elle, car vraiment elle
n'avait plus de sens pour lui '. » Ne parlons pas ici d'erreur grossière. Le reproche serait inintelligent. Il nous semble voir Renan écouter avec un sourire l'homme qui lui aurait expliqué scrupuleusement les incontestables différences qui séparent tous ces personnages ; il aurait remercié avec une ironie parfaitement polie... et n'aurait rien corrigé. Nous sommes en présence d'un procédé voulu.
Ce n'est donc pas de l'histoire que Renan a tiré sa philosophie de la religion. D'où lui vient-elle ? N'oublions pas ce qu'il n'a jamais cessé de déclarer: toute philosophie est le rêve d'un penseur et l'individualité de celui-ci s'y reflète. Dans aucune de ses théories Renan ne s'est mieux incarné que dans sa théorie de la religion.
Renan est Breton; et, comme tel, il est convaincu qu'il doit la meilleure part de ce qu'il est à ses ancêtres : « Nous autres, Bretons, ceux surtout