‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 78 sur 127 · lissait île Morale ft de Critique, p · texte numérisé non relu

lissait île Morale ft de Critique, p

'. Feuillu <' ' p. xxx.

J. Souvenirs d'enfance et de jeunesse, p. 82.

tique d'Issy a été, après la cathédrale de Tréguier, Le second berceau de ma pensée '. » Nous ne nous étonnerons pas, après loutes ces confidences, de rencontrer cette significative apothéose d'une sensualité raffinée: « Supposons une humanité dix fois plus forte que la nôtre ; cette humanité serait infiniment plus religieuse. Il est même probable qu'à ce degré de sublimité, dégagé de tout souci matériel et de tout égoïsme, doué d'un tact parfait et d'un goût divinement délicat, voyant la bassesse et le néant de tout ce qui n'est pas le vrai, le bien ou le beau, l'homme serait uniquement religieux, plongé dans une perpétuelle adoration , roulant d'extases en extases, naissant, vivant et mourant dans un torrent de volupté s. »

La morale n'a rien à faire avec la religion ainsi comprise. Je n'en veux d'autre preuve que l'article sur la théologie de Béranger. Ce que Renan reproche au chansonnier, ce n'est point, à proprement parler, d'avoir concilié un peu d'immoralité avec les louanges du Dieu des bonnes gens, c'est d'avoir manqué de tact et de goût, c'est de n'avoir rien compris à ce qu'il y a d'intime dans les émo-

i. Souvenirs d'enfance et de jeunesse, p. 227. 2. Les Ajotres, p. 385.

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lions mystiques, c'est d'avoir cru qu'on peut les éprouver le verre en main. Il nous faut citer une page qui en dit long, tout autant par son incomparable mélodie que par les idées précises qu'elle exprime.

« La vraie religion est le fruit du silence et du recueillement. Elle est synonyme de distinction, d'élévation, de raffinement; elle naît avec la délicatesse morale, au moment où l'homme vertueux, rentrant en lui-même, écoute les voix qui s'y croisent. En ce silence, tous les sens étant apaisés, tous les bruits du dehors étant éteints, un murmure pénétrant et doux sort de l'âme, et rappelle, comme le son d'une clocbe lointaine de village, le mvslère de L'infini. Semblable alors à un enfant égaré qui cherche vainement a démêler le secret d»' sa naissance inconnue, L'homme qui médite se seul dépaysé. Mille signes de la patrie provoquent chez lui de mélancoliques retours. Il B'élève audessus des terres fangeuses de la réalité vers des champs pénétrés de soleil ; il sent ces parfums des j< urs antiques que les mers du Sud conservaient encore quand les vaisseaux d'Alexandre les parcoururent pour la première fois. La mort, en habit de pèlerin revenant de la Terre-Sainte, frappe à la

porte de rame, qui commence à sentir, ce qu'elle ne voyait pas dans le trouble de la vie, qu'il lui sera doux de mourir. Elle est assurée alors que ses œuvres la suivront ; la vérité lui apparaît comme la récompense de ses bonnes actions ; elb voit l'insuffisance de toutes les formes passagères pour exprimer l'idéal ; les mots d' « être » et de « néant » perdent leur sens contradictoire; elle s'envisage avec la Divinité dans les rapports d'un fils avec son père, et elle prie à peu près en ces

termes : « Notre Père, qui êtes aux deux ' »

Cette page est de la meilleure époque de Renan. Quand il a si harmonieusement décrit le bercement des mélodies intérieures, il n'avait pas encore contracté l'habitude (un jour ce sera même un tic) de mêler aux paroles de tendresse un sentiment d'ironie. Il avait encore trop peur de choquer la délicatesse de sa sœur et il n'osait s'abandonner au désir, déjà obsédant, de se moquer un peu de lui-même et des autres. La conséquence est qu'il ne mettra jamais plus de poésie dans ses analyses de la religion ; il ne trouvera jamais des tons plus pénétrants pour évoquer les

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