‹ La philosophie d'Ernest RenanChapitre 84 sur 127 · CARACTÈRE INTELLECTUALISTE DE LA CRISE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE INTELLECTUALISTE DE LA CRISE

l'u'iinn n'a jamais cessé de dire que ca niso a été déterminée par la critique historique el que la philosophie n'j a été pour rien. Or, son témoignage sur ce point es! contredit par celui de son plus Intime ami de Saint-Sulpice. D'après l'abbé Cognât, Renan esl dupe d'une illusion. Ce qui l'a chassé loin du séminaire, •■'est la philosophie : « L'obligation du célibat ne l'effrayai! pas; mais la privation de la liberté de penser lui parut un sacrifice audessus de Bes forces. » « L'hébreu, écril aussi le même confident, est encore plus innocenl que la femme de Bon émancipation intellectuelle '. »

Quand nous m- possédions que les Souvenirs d'enfance et de jeunesse, il était impossible de trancher l«' débat. Tout au plus pouvait-on faire deui remarques. La première, c'est qu'il <'si malaisé d'admettre que Renan n'ait pas gardé la mémoire précise des difficultés décisives contre les-

l. | n pondant, 10 juUl< t el - > déo mbn 1882.

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quelles sa foi s'est heurtée La seconde, c'est que les éludes de philosophie qu'il a faites à Issy paraissent avoir été assez médiocres et peu approfondies. Mais, par bonheur, nous pouvons lire aujourd'hui la correspondance de Renan avec sa sœur, de 1«si*2 a 1845. Ce qui en ressort, c'est que Renan et M. Cognai ont également raison.

Certes, oui, les convictions du jeune homme y apparaissent singulièrement ébranlées. Il est visible que la philosophie est cause de cet ébranlement général. Kl pourtant il n'y a pas, dans toutes ces lettres intimes, une t\ ule objection particulière contre le christianisme qui soit empruntée à la philosophie. On n'y peut pas glaner un seul argument spécial contre lel ou tel point de la dogmatique catholique. Renan a gardé de cette période le souvenir d'un demi-scepticisme qui portait autant sur les systèmes philosophiques que contre les croyances chrétiennes. Les traces de cet étal sont claires dans plusieurs de ces pages. En voici un exemple : « C'est une chose singulière que la révélation que ces études opèrent dans L'esprit au sortir des études frivoles de la rhétorique. On voil les choses d'une manière si différente; on reconnaît tant de préjugés et d'erreurs, là où l'on ne croyait

voir que vérité, qu'on serait tente" d'embrasser un scepticisme universel. C'estla première impression de l'étude de la philosophie. Un est frappé de l'incertitude des connaissances humaines et du peu de fond de toutes les opinions qui ne sont fondées que sur la raison. On serait porté a douter de tout, si la nature le permettait et si rejeter toute vérité n'était pas plus absurde encore que d'embrasser toutes les erreurs '. ■

Renan ne se trompe pas — et il serait par trop étrange qu'il se trompât — en affirmant que les arguments, jugés par lui invincibles contre le catholicisme, lui sont venus d'autres sciences que la philosophie. Mais l'abbé Cognât a vu très juste, en rendant la philosophie responsable de ce qu'il appellerait volontiers la tentation antichrétienne. En passant des exercices <\>' la rhétorique aux discussions des philosophes. Renan z. la sensation d'être initié à un monde nouveau. Ce qui le ravit dans cette rencontre d'une science encore insoupçonnée, ce u'esl pas précisément d'être mis en présence de solutions qu'il ignorai! : c'est de découvrir des questions, c'est de connaître la joie de la libre recherche. Cette volupté, soudain éprouvée,

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