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CHAPITRE IV LA PHILOSOPHIE DE L'ÉVOLUTION

C'est un signe des temps que tout philosophe doive aujourd'hui prendre position à l'égard du concept de l'évolution. Il a maintenant conquis sa place parmi les catégories ou formes essentielles de la pensée par cela qu'il donne des indications d'où sortent de nouveaux problèmes. A propos de chaque événement et de chaque phénomène il faut se demander par quels stades il a passé pour arriver à son état actuel. C'est une forme particulière du concept général de causée

M. Bergson, en particulier, devait accorder à ce concept une place prépondérante. II

I. Voir mon ouvrage, La pensée humaine (traduction française), aSo-aSg.

affirme en effet que la donnée immédiate (ce que nous avons devant nous et ce dont nous sommes une part quand nous nous débarrassons de la manière de voir mécanique, partielle, que la pratique de la vie nous impose), et l'intuition à laquelle nous arrivons après avoir passé par le purgatoire du travail de la pensée, nous montrent l'une et l'autre un mouvement continuel, un courant mobile dans lequel de nouvelles propriétés apparaissent et se déroulent. Pour lui, tout est action et évolution; il n'y a pas d'exisitence morte, pas de chose fixe, pas de repos absolu.

Mais, d'après M. Bergson, la conception de l'évolution telle qu'elle existe dans les sciences de la nature est insuffisante. Elle accorde trop d'importance aux rapports extérieurs. L'évolution ne serait alors qu'un assemblage d'éléments qui auparavant étaient isolés, un enchaînement d'élans venus chacun de leur côté. 11 n'y est pas question d'une connexité naturelle et véritable. Cette manière de voir extérieure est pour M. Bergson

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une conséquence de l'origine des sciences de la nature et de leurs problèmes. Elles sont sorties des nécessités de la vie et leur ibut est de servir au maintien et avi développement de la vie. Mais elles n'ont pas pour objet de comprendre la vie même au service ^ de laquelle elles se trouvent. Elles sont enfan- : tées par la vie dans certaines conditions ^ déterminées et pour as^ir sur certaines cho- 1 s i ses déterminées; comment pourraient-elles ^'\ alors comprendre la vie elle-même dont elles sont une simple expression et qu'elles ^^^

ne regardent qu'à un point de vue? Elles en sont sorties, chemin faisant, au cours du I -i"^^ processus de l'évolution; comment pour-l ^- ^^ raient-elles donc envisager ce processus dans' ^ sa totalité?

Spencer a donné ce fait que les sciences sont nées au cours de l'évolution et de la lutte pour l'existence pendant des générations innombrables comme une preuve delà valeur des concepts qui forment la base de tout travail scientifique. M. Bergson voit justement dans le même fait une objection contre

la valeur absolue de ces concepts. Il n'y a, pense-t-il, aucune raison de croire que ces modes d'intelligence qui, au cours de l'évolution, nous ont été imposés par des raisons pratiques, sous l'influence des nécessités de l'existence, soient les seuls possibles. Peutêtre bien que toutes les forces de l'esprit ne sont pas employées par le besoin pratique. 11 faut donc se tourner vers les forces inemployées si l'on veut arriver à une intelligence supérieure et désintéressée de la vie et de ses lois. C'est là, d'après M. Bergson, le problème de la philosophie*.

Mais avant d'entreprendre la solution de ce problème, il examine les deux formes principales qu'ont prises la conception mécanique et extérieure de la vie qu'il combat.

La vie consiste en une lutte continuelle contre la matière. 11 s'agit de saisir les choses matérielles, de se les approprier et de les transformer. Pour vivre on n'a besoin que d'être capable d'opérer sur la matière

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