‹ La Philosophie de BergsonChapitre 13 sur 28 · I. L'évolution créatrice, 22; loi · texte numérisé non relu

I. L'évolution créatrice, 22; loi

LA PHILOSOPHIE DE l'ÉVOLUTION qS

qualités peuvent apparaître qui sont conditionnées par le passé, mais ne peuvent en être dérivées. Par la connexité intérieure entre le nouveau et l'ancien, la vie organique rappelle la vie de l'âme. L'une et l'autre sont soumises à cette loi que les différents stades de l'évolution sont incommensurables l'uii^ à Fautre et que les séries de stades ne peuvent se renverser. La croissance d'un organisme et même l'évolution des espèces dans la nature se succèdent dans un ordre déterminé qui ne peut se penser dans l'ordre opposé. Nous revenons : '« à la différence entre la conception psycho-| logique du temps (durée vraie) d'après la-' quelle tous les moments sont qualitativement! différents et ne peuvent être pris l'un pour -**v '% l'autre et la conception mécanique du temps jl^ * \ d'après laquelle il consiste en moments identiques qui peuvent, sans plus, être mis K;f ^:à à la place les uns des autres et qui ne diffèrent que par leur numéro d'ordre.

La conception finaliste ou téléologîque, qui suppose un plan préétabli contenant

déjà tout ce qui apparaîtra à l'expérience dans le cours de l'évolution, est aussi insoutenable que la théorie mécanistique. Là aussi le temps est finalement inutile. Rien de nouveau n'apparaît. Ce que montre l'expert- rrience n'est que la répétition de ce qui était

contenu dans le plan. Lejinalism^n/est^qii/u i \ mécanisme retourné. I

Cette conception est également née sous j l'influence de représentations pratiques. La ^| vie nous oblige à faire des plans que nous

smous efforçons ensuite de réaliser. Et il nous

faut alors nous en tenir à ce que nous pouvons

prévoir ; or c'est ce qui se répète lorsque se présentent des circonstances semblables. Mais la vie n'est pas épuisée par ce qui se répète ; de nouvelles propriétés et de nouvelles formes surgissent qui ne sauraient être prévues quoiqu'elles puissent cependant être expliquées après coup. Oui, la répétition n'est possible en général que dans l'abstrait. Dans la durée réelle, celle dont la dent laisse sur tout la trace de sa morsure, il n'y a pas place pour la répétition. Tout est entière-

LA PHILOSOPHIE DE l'ÉVOLUTION qS

ment changé et une réalité concrète ne se répète jamais.

M. Bergson, dans la critique des deux théories opposées, a un prédécesseur en la personne de Kant qui, dans la « Kritik der Urtheilskraft », a précisé le problème de la façon dont, au fond, il se présente aujourd'hui. Il savait que, pour la connaissance humaine, il n'y a que deux manières d'expliquer une totalité, ou en la comprenant comme le produit de parties existant auparavant ou comme l'œuvre qui réalise un plan établi à l'avance, mais il savait aussi qu'aucune de ces deux manières ne saurait être applicable à la totalité que représente un organisme. Tandis que Kant en a seulement conclu que nous ne devons pas confondre notre mode de connaissance avec le mode d'action de la nature, M. Bergson pense pouvoir donner une solution du problème. C'est surtout sur ce point qu'il s'efforce d'aller au delà de ce que peut offrir le criticisme fondé par Kant.

L'intelligence, la connaissance, n'est, d'après lui, qu'une coupe pratiquée dans une

totalité plus vaste. La vie dépasse la portée de fM 1/ l'intelligence. En raison de son point de vue pratique, l'intelligence s'est séparée de la grande connexité de la vie; et^est à cette grande connexité que nous devons retourner. Mais comment pouvons-nous l'atteindre? Seulement en la vivant. Nous remarquons qu'autour du noyau lumineuxque l'intelligence peut découvrir, il y a une frange indéterminée qui se perd dans l'ombre et qui n'est d'aucune utilité dans la pratique de la vie ; mais elle révèle de bien autres profondeurs que celles que connaissent le mécanisme et le fînalisme*.

Cette intuition vague devient claire, affirme M. Bergson, quand on considère plus attentivement l'évolution de la vie organique.

Dans sa grande lutte avec la matière, la vie I -^j se déroule dans plusieurs sens et s'épanouit en des types différents qui sont comme les points extrêmes de ces directions. Ainsi apparaît l'opposition entre le type plante et type animal, celui-là fixé en un lieu et dépourvu de

Page 1