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I. Jacques Loeb, Das Leben, 191 1? P

LA PHILOSOPHIE DE l'ÉVOLUTION ICI

de l'inorganique, le système de M. Bergson n'est pas mieux fondé que ceux qu'il attaque. Le rapport qu'il y a entre eux et le sien, t'est que, vis-à-vis d'un SLijet comme la vie organique, ils opèrent, et c'est chose fatale, lu moyen d'analogies. C'est une analogie [u'emploie le mécanisme, aussi longtemps que « les difficultés techniques » ne sont

tas vaincues, quand il fait de l'organisme ne machine. C'est une analogie qu'emploie la téléologie quand elle regarde les phénomènes de la vie comme répondant à un plan /voulu. Mais c'est encore d'une analogie que M. Bergson se sert quand il comprend la vie comme un « élan », une poussée, un effort. 11 ne se sépare de la téléologie (pour laquelle il éprouve du reste une certaine sympathie) que parce qu'il tire son analogie de la vie de l'âme spontanée, tout à fait inconsciente, au lieu de l'emprunter à la vie de l'âme clairement consciente, intelligente et calculatrice. Pour kii la vie est essentiellement de nature psychologique. Sa doctrine est une espèce de vitaliame, bâti sur la supposition qu'il y a

une force de vie particulière qui lutte contre les forces de la matière, supposition qui est plus l'expression de l'admiration et de l'étonnement que provoque le riche et puissant déploiement de la vie qu'une indication pouvant mener à une interprétation exacte de cette vie elle-même. Et lorsqu'il regarde cette force vitale comme apparentée à la vie psychique que nous trouvons en nous-mêmes, il prend, de même que la philosophie romantique de la nature, les choses au rebours ^ La vie est un combat contre la matière, un combat qui, s'il est victorieux, conduit par degrés dans le monde de l'esprit. Il y a, dans cette explication, de la poésie, non de la science et, d'après M. Bergson, cette

1. L'évolution créatrice, p. igA- « Rattacher la vie soit à la conscience, soit à quelque chose qui y ressemble », telles sont ses propres expressions. Page 379 : « La vie est d'ordre psychologique ». Voir au sujet du vitalisme ma Psychologie (traduction française), II, 3 et mes Mindre Arbejder (petits travaux), première série, pages 4o à 5o. M. Bergson n'a pas été le premier philosophe français à soutenir ces idées. Voir surtout Félix Ravaisson, La philosophie en France au XIX^ siècle, page 246. Sur la façon dont la question a été traitée par les philosophes français, consulter le même ouvrage, pages 168 à 182.

explication ne doit pas non plus être scientifique. Dans le cas présent, il construit sur une analogie hardie, de même qu'il fera reposer, nous le verrons dans la suite, sa conception du monde sur une analogie qui ne trouve pas sa confirmation dans l'expérience.

M. Bergson se sépare sur deux points de la philosophie romantique de la nature qu'a donnée Schelling. Il conserve la conception mécanistique pour ce qui est de la nature inorganique. Elle est purement matérielle ; sa loi essentielle est la loi de Carnot sur la distribution de l'énergie et par suite elle tendrait constamment à l'équilibre. L'élan vital se heurte continuellement à cette tendance. D'autre part il suppose qu'il y a un développement réel dans le temps tandis que la pensée de l'évolution était, chez les romantiques, purement formelle ou purement idéale, ne consistait proprement qu'en un enchaînement systématique entre les formes de la nature, et qu'elle n'était pas l'apparition progressive, dans le temps, des dif

férentes formes dans certaines conditions S Dans l'intervalle qui sépare Schelling de M. Bergson, l'idée de l'évolution a reçu le caractère réaliste qu'on ne pourra désormais lui refuser.

Dans ses deux séries de développement les plus caractéristiques, le processus de la vie a, d'après M. Bergson, conduit d'une part au pur instinct, de l'autre à la pure intelligence. Mais il croit que ces formes n'ont pas épuisé la vie. 11 est possible de s'enfoncer dans la profonde continuité dont l'instinct aveugle et l'intelligence qui analyse ne sont qu'une coupure. Lorsque nous repoussons les motifs pratiques qui ont produit l'évolution et que nous mettons en œuvre notre sens désintéressé de la riche réalité de la vie, l'intuition qui, pour lui, est le point ultime de la vie psychique et dont j'ai déjà parlé, devient possible.

I. Sur le concept de l'évolution chez les romantiques voir mon Histoire de la philosophie moderne (traductiou française), volume IIj p. 169 et suiv. Voir aussi mon essai sur Evolution and modem philosophy (dans le volume « Darw^iu and Modem Science» Cambridge, 1909), p. 446-45o.

Avant de porter un jugement final sur le concept de l'intuition de M. Bergson, j'examinerai deux questions psychologiques d'un ordre plus spécial, celles de la volonté et du rire qui, chacune à sa manière, éclaireront sa pensée fondamentale.

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