‹ La Philosophie de BergsonChapitre 6 sur 28 · L'INTUITION · texte numérisé non relu

L'INTUITION

II y a, d'après M. Bergson, une grande opposition entre ce qui surgit spontanément et involontairement, dans la conscience et pour la conscience, et ce que la réflexion distingue, sépare et, après coup, cherche à relier. DVvant et au-dessus de toute division et de tout lien, il y a un courant continuel de choses vécues, de transformations intérieures dans une connexion vivante, ininterrompue, qui forme la base nécessaire sur laquelle la réflexion peut se dérouler et qui, en même temps, est l'idéal auquel, après le travail de la réflexion, nous cherchons à retourner lorsqu'il nous faut apporter nos conclusions au travail de la pensée^

V" I L'intuition qui, pour M. Bergson, signifie / la pénétration dans la connexité spontanée et (' mouvante, à ses yeux, est à la fois la base et la conclusion du travail intellectuel. Et je ne puis m'empêcher de constater qu'il y a là une obscurité incontestable à l'égard du rapport entrej'intuition, condition psychologique, et l'intuition, conclusion de la pensée, obscurité qui est en partie la cause des méprises auxquelles sa philosophie a donné lieu.

Dès son premier ouvrage, M. Bergson s'est posé en adversaire d'idées qui, dans la génération précédente, ont exercé une grande influence sur la philosophie et en particulier sur la psychologie. Ce sont celles qui ont inspiré la psychologie anglaise de l'association et qu'ont mises en honneur Hume, / James Mill, Stuart Mill et Herbert Spencer. Cette philosophie a eu le grand mérite de donner naissance à une psychologie plus scientifique parce qu'elle a compris la vie de l'âme comme étant composée d'une masse d'éléments, sensations, idées, sentiments, appétits, qui sont indépendants les uns des

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autres et qui ne peuvent être reliés plus intimement ensemble que d'une manière extérieure, en particulier par la raison qu'ils apparaissent souvent ensemble. La vie de l'âme est un^chaos qui ne forme un tout ordonné que parla force de Thabitude. Cette théorie a beaucoup contribué à faire abandonner les descriptions vagues et les allusions mystiques de la vie de l'âme. Elle a permis de mieux déterminer les (questions psychologiques qui se posaient. Elle a mis la psychologie dans un rapport plus étroit avec les sciences naturelles. Mais elle a confondu ses opinions théoriques et abstraites avec ce que l'observation de la vie de l'âme nous apprend et elle a méconnu le fait qu'aucun des éléments de l'âme ne peut être compris en lui-même, mais qu'il ne l'est que dans sa connexité avec les autres éléments de l'âme et l'effet de leur action réciproque. En général les éléments comme tels sont toujours producteurs d'analyse, de réflexion et nie doivent pas être confondus avec ce qu'offre la vie de l'âme spontanée.

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Cette conception a été combattue en Angleterre et hors de l'Angleterre. Parmi les ouvrages de ses adversaires il faut d'abord nommer La psychologie physiolo- , gique de M. Wundt (187/i) où il insiste sur ^. l'importance de l'aperception pour le déve- 4^ loppement de la vie de l'âme. La même année parut V Introduction to Hume de Thomas Hill Green qui contenait une vigoureuse : critique des principes d'où était parti le plus célèbre représentant de la « psychologie de l'association ». Cette année-là j'ai aussi j publié mon livre, La philosophie anglaise de ; notre temps, dans lequel j'ai déjà esquissé, par I certaines remarques critiques, la conception 1 que j'ai exposée dans ma Psychologie fondée i sur l'expérience * (1882), en me basant surtout 'sur les rapports qu'il y a entre la vie psychique normale et la vie psychique de la maladie. En Angleterre, les Ethical studies de M. Francis Herbert Bradley (1876) marquèrent la rupture avecl'école anglaise traditionnelle ^.

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