I. Traduite en français
a. Voir Philosophes contemporains j i5-57. Voir aussi pour
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Dans le domaine de la psychologie descriptive, ce que William James a écrit sur le courant de la pensée {The stream of thought, Mindy i884, qui compose le chapitre ix de ses Principles of Psychology) a fait époque par la brillante description qu'il a donnée de la continuité de la vie de l'âme, fondement de toute observation de soi-même et de toute analyse psychologique.
M. Bergson n'est donc pas le premier qui ait critiqué l'emploi des analogies purement mécaniques lorsqu'il s'agit de la vie de l'âme j et qui ait voulu accorder à la véritable ' ^ donnée tout ce qui lui était dû ; mais il l'a ! .^^ fait avec une force et un art d'exposition qui le met à cet égard bien au-dessus de tous sei^ ^"1^, prédécesseurs dans son ouvrage essentiel, ! Les données immédiates de la conscience y 1889, dont nous allons exposer la pensée.
Lorsque nous nous délivrons des représentations d'espace et des représentations mécaniques qui, des sciences de la nature,
toute la question dont nous parlons Dwelshauvers : La synthèse 'ncîitale, Paris, 1908.
ont pénétré dans la science de l'esprit, nous ^' découvrons que la vie de notre âme glisse et ^ jcoule comme le courant d'un fleuve. Elle se ''passe dans le temps et non dans l'espace. Un état pénètre dans un autre, peut-être même ■' I justement quand il est d'une espèce contraire. Ce n'est pas un courant homogène ; il s'y opère sans cesse des changements quallitatifs. Une sensation de couleur remplace une autre sensation de couleur, la peine remplace la joie, l'attention l'apathie, la tension le repos, le grand le petit et ainsi de suite. Et ces expériences ne sont comprises chacune que dans leur connexité. Elles ne sont pas séparées l'une de l'autre comme le sont les objets qui appartiennent au monde extérieur et qui ont chacun leur place dans l'espace.
Il s'ensuit que les faits de la vie de l'âme ne se mesurent pas d'une façon immédiate comme cela se pratique pour ce qili se trouve dans l'espace. Nous ne saurions décider si deux perceptions sont également fortes. Nous ne pouvons ni additionner ni
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soustraire des perceptions. Lorsque nous disons que nous les mesurons, nous les comparons d'après leurs causes extérieures, comme lorsque nous mesurons nos sensations de chaleur à l'aide du thermomètre. Le concept de grandeur est étranger à la science de l'esprit, mais il appartient à la science des phénomènes matériels. Dans la lutte pour la défense de la vie physique, il est de toute importance de pouvoir compter, mesurer, peser, et c'est ce qui fait la grandeur des sciences de la nature qu'elles aient pu introduire des manières de voir quantitatives pour tout ce qui est du monde matériel. Mais le travail qu'elles accomplissent est provoqué par les besoins pratiques de la vie et il demeure toujours à leur service.
La tentative qu'a faite Fechner pour mesurer les phénomènes de l'âme devient par mite l'objet des critiques de M. Bergson, jolies portent uniquement sur la difficulté de rouver des unités psychiques, c'est-à-dire les perceptions assez simples pour qu'elles •uissent être mises exactement à la place les HôFFDiNG. — Bergson. 3
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unes des autres, les perceptions moins simples devant être regardées comme des sommes de perceptions. Cet argument n'est pas nouveau; comme M. Bergson le dit luimême, il a déjà été employé en 1875 par le mathématicien Jules Tannery^ et Ton est généralement d'accord sur sa justesse.
M. Bergson exprime sa pensée d'une façon frappante par ces paroles : « La question essentielle, la question unique, selon nous, est de savoir si un contraste AB, formé des éléments A et B, est réellement égal à un contraste BC, composé différemment. Le jour où l'on aurait établi que deux sensations peuvent être égales sans être identiques, là psychophysique serait fondée. »
Il y a d'autres choses dans les recherches psychologiques de Fechner que néglige M. Bergson, quoiqu'elles puissent servir sa
I. Revue scientifique, 1875. Tannery n'a déclaré que plus tard être l'auteur de cet article. Voir Berg^son, Les données immédiates, p. 5o et Th. Ribot, la psychologie allemande contemporaine (Paris, 1879), p. 200, 2o4 et suiv. La citation de M. Bergson que nous allons faire est prise dans l'ouvrage que nous venons de nonamer, page /J2.
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thèse. C'est la façon dont Fechner prouve expérimentalement qu'une perception n'a pas une grandeur absolue qui soit la même dans toutes les circonstances, mais que la grandeur et la force qu'elle paraît avoir dépend de ces rapports, ou plutôt des rapports des causes qui y répondent avec les actions précédentes ou simultanées qu'elle a subies.
A cela on pourrait ajouter que dans le domaine matériel aussi, toute mesure dépend d'une analogie ; on transporte le rapport de nombre au rapport de phénomènes de l'espace et là non plus on ne pourrait montrer une unité qui soit absolument invariable dans toutes les circonstances.
Une propriété significative de tous les phénomènes psychiques, quand ils apparaissent dans leur parfaite et entière immédiateté, c'est qu'ils se déroulent dans le temps. Le concept de temps joue donc un rôle essentiel dans la philosophie de M. Bergson. Ce concept a aussi une grande importance dans la science de la nature qui devient
de plus en plus une doctrine de mouvement. Mais M. Bergson découvre justement là le point fatal où des analogies matérielles empruntées sans nécessité aux sciences de la nature ont pénétré dans la science psychique. On divise, dit-il, selon des procédés appartenant aux sciences de la nature, le temps en moments, puis on comprend ensuite chaque moment comme un lieu ou une petite étendue. Dans les sciences de la nature deux temps sont appelés égaux quand des corps semblables dans des circonstance» semblables ont parcouru des distances égales. On met donc l'espace à la place du temps; ou plutôt le temps psychologique est remplacé par le temps mécanique ou géométrique. Dans le temps psychologique, le temps dans lequel nous vivons réellement et dans lequel nous vivons ce qui est le véritable contenu de notre vie, chaque moment a sa nature particulière ; il est rempli d'une manière particulière et^ par conséquent, aucun moment n'est tout à fait pareil à un autre. M. Bergson appelle le temps psy-
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chologique la durée, ou plus exactement « la durée qualité » par opposition avec « le temps matérialisé » des sciences naturelles qui peut être symbolisé par une étendue dans l'espace.
La tendance à se servir d'images prises dans l'espace, quand on veut parler des faits de notre vie intérieure, est produite, d'après M. Bergson, non seulement par l'usage des sciences et par la nature du travail fait dans un but pratique, mais aussi par le simple besoin de s'énoncer. L'espace nous offre les meilleurs signes et les meilleurs symboles pour nous faire comprendre les uns aux autres. « Nous tendons instinctivement à solidifier nos impressions, pour les exprimer par le
langage. De là vient que nous confondons le %>s^ sentiment même, qui est dans un perpétuel ^
devenir, avec son objet extérieur perma- <;'
nent, et surtout avec le mot qui exprime cet objet. » Dans l'espace nous avons une forme commune à nous tous, mesurable et clairement déterminée. Dans l'intuition d'un
espace homogène, on est déjà sur la voie 'I .X^
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[qui mène à la vie sociale \ On a un schéma commun à Faide duquel on peut ordonner ce que l'on veut énoncer et le rendre clair. Si au contraire nous voulons essayer de voir ce qui est véritablement donné, il faut nous débarrasser de toutes les déterminations quantitatives et de tous les symboles.
Il y a dans cette idée que M. Bergson a exposée d'une façon étincelante beaucoup de choses qui sont justifiées et il a le grand mérite d'avoir, par sa brillante description des propriétés des états de l'âme, mis en pleine lumière leurs différences avec d'autres provinces de notre expérience. Il nous faut pourtant faire quelques critiques avant d'aller plus loin. Il pense que nous ne pouvons compter que ce qui est localisé dans différents lieux de l'espace. Mais on peut bien compter des différences de qualité; je pui& compter mes pensées et mes diverses dispositions dans un temps assez court. « L'inconstante » de Holberg a quinze humeurs