‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 116 sur 182 · Science de la morale, t. II. Conclusion · texte numérisé non relu

Science de la morale, t. II. Conclusion

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reculor la siiperstiliou orientale devant la philosophie, le christianisme enfin fut rejeté en Oiient et chez les Barbares germains et slaves. Dans l'Italie, dans la Grèce, dans la Gaule et dans l'Espagne revenues à l'indépendance, s'établit une civilisation de droit, avec pleine liberté religieuse. Au vni'' siècle, les chrétiens orientaux et barbares entreprirent une grande croisade pour conquérir les lieux saints, cette Rome, où avaient prêché Pierre et Paul, et pour convertir ou exterminer les infidèles. A l'issue du siècle des croisades, de grands changements s'annoncèrent dans le monde. Les Germains, instruits au contact de la civilisation italienne, supprimèrent la tyrannie sacerdotale et réformèrent le christianisme en le purifiant de toutes les superstitions qui en altéraient l'esprit. A partir de ce moment les races germaniques entrèrent dans le cycle des peuples Occidentaux. Les voyages de découvertes, les relations avec l'Extrême-Orient, avec la Chine, d'où les voyageurs rapportèrent l'imprimerie, les merveilleux progrès des sciences de la nature achèvent, à cette date où nous nous arrêtons, le tableau de la civilisation occidentale, à laquelle il reste de se délivrer d'un grand mal, de la guerre qu'ont entretenue jusqu'ici les passions, les défiances et les illusions des peuples. Mais « à bien des signes, il semble que le grand jour s'annonce, le jour de la paix réelle, de la paix des cœurs, seize siècles après l'aurore des arts, des sciences et de la philosophie, en Grèce et en Italie. » Et le vieux moine, à qui Renouvier attribue la rédaction de VUchronie conclut : sans l'initiative de quelques hommes résolus, « aujourd'hui peut-être encore, après mille bouleversements, nous n'aurions pour consolation et pour espérance que la morale du sacrifice, le culte du Dieu souffrant et le rêve de l'absolu. Mais ce n'est pas au dévouement, au sacrifice, vains mots qui cachent souvent les langueurs et les défaillances de i'àme, ou ses illusions, ou môme l'égoïsme et l'adoration de soi-même, que sera dû le triomphe du Bien : c'est à la Justice et à

la Raison. Et ce n'est pas une théorie ostentatrice et creuse de l'Infini qui renferme la vérité à l'usage des générations l'iilures ; c'est la doctrine de l'Harmonie, ou des relations parfaites accomplies dans un ordre fini. Et ce n'est pas une grâce d'en haut, le don d'un seul ni le mérite d'un seul qui nous apporte le salut terrestre; c'est la chaîne d'or des hommes de raison droite et de cœur grand qui, d'âge en âge, ont été les conducteurs en esprit, les vrais rédempteurs de leurs frères. »

La théorie du progrès n'est pas seulement fausse, elle est dangereuse. L'évolution étant substituée à la conscience, une sorte de matérialisme historique prend la place de la philosophie et de la morale. On cherche la vérité dans la loi des faits mis en série, et non plus dans le bien et dans le mal, dont le libre esprit de l'homme est le juge, dont sa libre volonté est l'agent. Les philosophes du progrès ont abandonné la méthode rationnelle du x\nf siècle pour la méthode historique, l'analyse et la synthèse de ce qui doit être, selon les lois générales de l'esprit, pour l'analyse et la synthèse de ce qui a été dans la marche empirique des choses, de ce qui a été et par conséquent, suivant eux, de ce qui a dû être. Ils ont présenté la rupture avec les traditions comme le mouvement logique et naturel des idées et des faits avec lesquels il y avait à rouipre. « La justification universelle du passé, telle est la méthode qu'ils ont suivie pour définir l'avenir destiné à le remplacer. Cette méthode eût été mieux indiquée pour nous apprendre à revenir au passé ou à le continuer. » La raison abdique en faveur des faits, quels qu'ils puissent être ou devenir. Il n'y a plus de morale, plus d'obligation indépendante du temps; les mtrurs prononcent sur ce qui est juste. Tout est légitime à son heure, le mal est la condition du bien, comme le passé l'antécédent de l'avenir. Ce fatalisme démoralise l'histoire, énerve et affaiblit la volonté, condamne l'homme à attendre des choses ce qu'il ne peut devoir qu'à son propre effort.

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Il faut donc rétablir la contingence dans l'histoire en ivndant à la liberté son rôle. 11 n'y a pas une loi d('rinie du progrès, « la vraie loi réside en l'égale possibilité du progrès ou du reculement pour les sociétés comme pour les individus. » Cette indétermination donne au progrès son vrai sens; il nous appartient de le vouloir et de le réaliser. « Nous avons des devoirs comme membres de l'humanité et d'une patrie ; la loi morale exige que nous travaillions au progrès; il faut donc que le progrès soit possible, il faut du moins que nous croyions le progrès possible. Nous devons croire à l'accord intime, profond, définitif du bonheur des peuples avec la moralité des peuples et de leurs conducteurs, comme nous devons croire à l'accord intime, profond et définitif de l'utilité et de l'honnêteté de la conduite privée. Ce devoir de croire, dérivé d'un devoir d'agir, est un postulat d'harmonie entre la conscience et le monde'. » Ainsi la croyance au progrès se ramène à la foi dans la justice comme dans le seul et vrai bien des hommes; elle n'est plus l'attente de ce qui doit êti-e, mais la résolution de l'accomplir. Ce n'est pas assez que les vérités trouvées se transmettent, s'accumulent, pour que changent les passions, les habitudes et les volontés ; « il est vrai que l'organe du progrès est la connaissance, mais la connaissance active et pratique du principe de la loi morale, la liberté non seulement à connaître, mais à posséder et à respecter, la liberté dont le premier usage est d'obtenir, d'élever et d'étendre la liberté... Il n'est pas de progrès partiel et de nature quelconque dont une liberté en acte n'ait été l'agent'. » L'œuvre de tous ne peut commencer que par l'elTort de chacun. L'individu doit envisager l'œuvre possible du bien et du salut en lui-même, et dans toute personne comme en lui. non dans la masse, abstraction réalisée.

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