Critique philosophique. 1873, t. I, p
résister. Le tort de réclectismc n'a pas été de faire sa part à la morale, mais bien plutôt d'avoir confondu la science et la croyance et, par la faiblesse de ses prétendues démonstrations, compromis ce qu'il se flattait d'établir. Le néocriticisme n'affecte pas une fausse science, « il subordonne tous les inconnus aux phénomènes, tous les phénomènes à la conscience et, dans la conscience même, la raison théorique à la raison pratique* ». Des lors il n'y a pas lieu de rompre tout lien entre l'homme et le philosophe, « de faire de soi-même deux parts », d'ignorer départi pris tout ce qui intéresse la vie morale des individus et des sociétés, Renan finit dans le dilettantisme, Taine nous renvoie au catéchisme. Renouvier n'admet pas que la philosophie soit cette science sans rapport avec la conduite, les devoirs, les espérances de l'humanité" ; il ne se désintéresse pas de la vie, il discute les événements, il les juge, il s'efforce de résoudre les problèmes qui s'imposent à la conscience contemporaine par une application de ses principes qui en prouve la fécondité. A l'encontre d'Auguste Comte, de Taine, de Renan, il défend les idées de liberté, de justice, d'individualisme qui ont été celles de la Révolution française: après la guerre de 1870, convaincu que le catholicisme est la grande maladie de la France, il demande à tous ceux qui le pensent avec lui de se faire inscrire comme protestants; il s'occupe du traité de Francfort, de la séparation des Eglises et de l'Etat, de l'École laïque, du droit de l'État républicain à enseigner une morale civique. 11 aborde tous ces problèmes sans