‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 13 sur 182 · Science de la morale, 1, j · texte numérisé non relu

Science de la morale, 1, j

d. Critique philosophique, 1873, t. I, p. 233. « Dès qu'il s'agit de croyance, poui'quoi voudrait-on refuser à la religion de l'espérance un droit qu'on accorde à la religion du désespoir ?... Il entre nécessairement du moral en toute affirmation qui dépasse, en matière de faits, les faits constatables, ou l'accord unanime, en matière de principes. Le criticisme est donc fondé à se permettre un usage ouvert et raisonné de ces motifs moraux, de ces inévitables sentiments, de ces passions, il ne faut pas craindre le mot, et de cette impulsion de volonté qu'on n'esquive pas, mais qu'on a coutume de se dissimuler, quand on couvre la foi qu'on s'est choisie du manteau d'une évidence usurpée. »

passion, il les résout sans timidité. Si on rattache Renouvier à la tradition du xvm" siècle, il a ceci d'intéressant (juil réconcilie les éléments opposés de son esprit : comme Taine, il reprend dans sa philosophie théorique la méthode d'analyse, qu'il veut rigoureuse, il va jusqu'au phénoménisme radical de Hume, mais il ne sacrifie pas le sentiment à l'analyse, il lui fait sa part, il laisse dans le choix des principes directeurs de la connaissance un rôle aux motifs passionnels; par les postulats qui prolongent l'expérience il s'etforce de donner satisfaction aux hesoins du cœur, au sentiment religieux, et en un sens il continue J.-J. Rousseau.

Pour définir l'attitude philosophique de Renouvier, il ne suffit pas de montrer ce qui le distingue des penseurs contemporains, il importe de marquer son rapport aux philosophes qu'il reconnaît lui-même pour ses maîtres, Kant et David Hume, car c'est à la synthèse inattendue de ces deux philosophes qu'il prétend travailler.

Le nom même qu'il donne à son système, néo-criticisme, montre ses intentions tout à la fois de reprendre et de réformer la doctrine de Kant : « j'avoue nettement que je continue Kant, et, comme une ambition est bonne et nécessaire chez quiconque ose proposer sa pensée au public, la mienne serait de poursuivre sérieusement en France l'œuvre de la critique manquée en Allemagne \ » Les aventures spéculatives de Fichte, de Schelling, de Hegel nous avertissent assez que la métaphysique restait présente au système qui se ilattait d'en avoir à jamais guéri l'esprit humain.

Le premier mérite de Kant est l'idée même de la critique. Au lieu de construire une métaphysique après tant

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