Introduction à la philosophie de Vhistoire. p
SÉAiLLES. — Renouvier. 19
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règles pratiques qui permettent d'agir et, en agissant, de modiiier les faits. Il est donc légitime de se proposer l'utile, les moyens réellement propres à faire atteindre la fin poursuivie, et ce qui est utile ici est avant tout ce qui est possible. Dans la complexité des faits sociaux, le danger est grand de retarder par une précipitation pas?ionnée le progrès qu'on veut réaliser. « Le but moral à atteindre se présente sous deux faces : 1° passer du droit positif au droit rationnel, ou du moins s'approcher du droit rationnel avec les ménagements voulus par les faits acquis... 2° choisir entre tous les moyens propres à donner satisfaction à des nécessités existantes et, en un mot, parmi les actes où continueront de se marquer les conséquences de l'état de guerre et les applications du principe de défense, ceux qui s'éloigneront le moins de la justice pure et seront les plus favorables au progrès vers l'état de raison et de paix » (I, o06). Même quand il s'agit de la société, la morale adresse ses préceptes à la personne qui au fond est tout. La réforme du mal devrait être obtenue du consentement des intéressés-, qui serait le moyen le plus propre à la faire aboutir. Il convient pour cela de ne pas compter sur la force brutale, de ne pas attendre le bien du mal, de ménager le droit positif, ce qu'on nomme les droits acquis.
Renouvier cependant ne pense pas que ces règles de prudence excluent le droit révolutionnaire. « Une révolution est un ensemble d'actes ou moyens employés, utiles pour atteindre un but déterminé, dans le cas où le but est juste, mais où les moyens eux-mêmes ne sont pas justes. » (I, 509.)
Pas plus en ce cas qu'en aucun autre la fin ne justifie les moyens ; ces moyens restent mauvais comme la guerre elle-même dont ils sont une forme. La révolution n'est que l'exercice brutal du droit de défense contre ceux qui s'enlètent à maintenir « un gouvernement et un ordre social jugés décidément insoutenables et désavoués par la
conscience publique... « Dans les sociéte's les désordres moraux et la solidarité générale engendrent nécessairement cet etFet que la production du bien ou le retour au bien s'opèrent par le mal, en traversant une série de maux'. )) Mais le mal qui corrige un mal ne devient pas un bien, il peut être utile, il n'est pas moral ; « ce qui n'est point juste n'est point justifiable ». S'il est des cas, oii l'entraînement des luttes engagées autour du droit, la passion du juste d'un côté, la résistance de l'égoïsme de l'autre, la guerre enfin, et la plus excusable des guerres, conduit comme fatalement un parti à vouloir assurer le triomphe de la justice par des moyens qui en sont la violation, « c'est un très grand mal, un mal qui s'enchaînera peut-être à des biens, jamais autant qu'on la espéré, ni aussi sûrement- » ; mais gardons-nous d'ériger ce mal en un principe, de faire une règle de l'exception la plus dangereuse. La révolution est un pis-aller, elle n'est légitime que quand elle s'impose aux individus plus encore qu'ils ne la choisissent, elle n'e.st admissible, en morale appliquée à l'état de guerre, que si elle témoigne par son succès même de sa nécessité. Tout nous impose donc d'éviter ces crises de violence qui suspendent jusqu'à ce droit imparfait qu'est le droit positif, compromettent la paix relative que maintiennent les sociétés existantes et menacent de corrompre les consciences par les théories de la raison d'Etat et de la souveraineté du but ^
Dans la morale appliquée, Renouvier aborde les grands problèmes du droit personnel, domestique, économique, politique, international, en se conformant aux principes ei aux règles qu'il a posés : il confère les mœurs et les institutions à l'idéal pur, et il s'efforce do définir les