‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 124 sur 182 · l'sijcholorjie rallonnelle, l. III. p. lUO · texte numérisé non relu

l'sijcholorjie rallonnelle, l. III. p. lUO

les phénomènes et dans les lois : le monde inîelligible n'est rien de plus que notre monde sensible et phénoménal pressenti dans son passé, étendu dans l'ordre futur de l'expérience possible \ Bref le monde dans lequel nous vivons, le monde de l'espace et du temps, est le monde réel, et, sans sortir des lois de la représentation, il s'agit, en reculant dans le passé, surtout en prolongeant l'avenir, de le rendre intelligible en le rendant conforme aux exigences de la raison pratique.

Si toute affirmation qui dépasse le phénomène immédiat de conscience est un véritable postulat lié à la liberté et au devoir, implique une sorte d'optimisme moral, une acceptation de l'intelligence et de la vie, si les principes des sciences et les données mêmes du sens commun sont de véritables actes de foi, nous étendons le monde de l'expérience dans le passé et dans l'avenir par un acte de l'esprit qui n'est pas sans analogie avec celui par lequel nous le constituons. Et d'abord la croyance rationnelle, en conférant aux lois universelles de la représentation les résultats acquis de l'observation, les théories des sciences, autorise certaines conjectures « sur l'essence propre du monde extérieur et de ses êtres élémentaires », sur les différents modes de l'existence et sur leur hiérarchie, sur le problème des espèces et de leur origine : son premier objet est une philosophie de la nature, qui s'efforce de concilier les données positives de la science et les lois de la raison. Au delà s'ouvre le champ de ]3l probabilité morale proprement dite, qui porte sur deux classes de faits : « les faits humains, objet de l'histoire et des tribunaux; les faits d'ordre universel et cosmique, qui surmontent l'exploration régulière des sciences, mais sur lesquels il est impossible à l'homme de ne point spéculer, quand sa destinée entière y est engagée, quand l'idée même qu'il

1. « Il faut borner rigoureusement la spéculation à l'étude de la représentation et do ses lois, sous les conditions de l'expérience possible, ensuite aux postulats, aux inductions qu'une telle méthode autorise. » [Ibid. p. loS.)

se forme du but de son existence présente en dépend essentiellement^ ». Les religions et les métaphysiques sont nées du besoin de répondre à ces questions « sur le monde et l'homme, sur l'ordre des causes et des fins, sur les destinées des êtres », qui s'imposent et que la science ne vise pas. En prétendant réduire la philosophie à n'être qu'une classification des sciences, le positivisme ne la remplace pas, il la supprime. Le progrès n'obéit nullement à la loi des trois états, il n'a pas consisté à substituer la métaphysique à la religion et la science à la métaphysique, il a eu pour effet « de les confirmer chacune dans sa sphère propre, et par suite de l'exclure des autres sphères. » L'histoire ne nous montre rien de plus que cette division du travail et cette distinction des problèmes. Sous tout autre rapport, chaque progrès de la science a été une extension, non une limitation de la théologie et de la métaphysique. Aucune science n'a pris naissance, sans suggérer de nouvelles questions à l'une, sans apporter de nouvelles données à l'autre ^.

Nos conjectures sur la nature, sur l'origine et la destinée des êtres ne diffèrent que par le degré de nos inductions sur les lois des phénomènes. Mais dans les sciences positives, « l'observation et l'expérience peuvent le plus souvent se répéter, et cela indéfiniment, ainsi que les suites de raisonnement qui fondent les théories. C'est même cette répétition qui est l'essence de l'enseignement scientifique, en sorte que tout savant est censé avoir refait l'œuvre de ses devanciers, tout écolier est appelé à la refaire, et tout homme du monde sait qu'il l'aurait pu... La probabilité morale proprement dite se forme, non par un procédé exclusivement logique ou expérimental, mais du concert des fonctions humaines appliquées à juger d'une vérité qui n'est ni d'analyse intellectuelle pure, ni

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