‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 125 sur 182 · Critique philosophique, 1873, I, p. 119 sq · texte numérisé non relu

Critique philosophique, 1873, I, p. 119 sq

304 LA PHILOSOPHIE DE lŒNOUVIER

de fait actuellement sensible, et qui de sa nature ne saurait ni se démontrer avec rigueur, au moyen de principes fixes et universellement reçus, ni s'appuyer sur des motifs propres à se transmettre inflexiblement d'une conscience à une autre, ni enfin éviter une intervention manifeste et variable de la liberté dans le mouvement de l'esprit qui les pèse \ » La croyance dépend de la passion et de la liberté, mais elle n'est point arbitraire : d'abord elle se rattache à un fait primordial, l'existence de la loi morale, elle ne fait qu'en poser les postulats et en développer les conséquences; en second lieu, elle est tenue (f de ne rien réintégrer, de ne rien impliquer de ce dont la raison pure a accompli la ruine-. »

A l'ontologie, Renouvier substitue ainsi une interprétation du monde qui nous apparaît, un ensemble de conjectures raisonnées qui ne nous font pas sortir de Fexpérience, mais qui, en restant conformes à ses lois comme à celles de la raison, l'étendent, la prolongent, et, reliant les phénomènes actuels aux phénomènes du passé et de l'avenir, rétablissent, pour ainsi parler, l'histoire dans son universalité, font du monde où nous vivons un monde où l'être raisonnable et libre trouve sa place et son rôle. Sans prétendre penser en dehors des conditions de toute pensée, sortir de l'espace et du temps, du relatif et du fini, cherchons quelles sont les opinions les plus probables, quelles sont les croyances rationnelles que nous pouvons former sur la nature et l'origine des êtres, sur l'immortalité des âmes, sur l'existence de Dieu et le principe du mal, sur ces inévitables problèmes, dont la philosophie, depuis des siècles, demande naïvement la solution à une science chimérique, contradictoire, de l'absolu, de l'éternel et de l'infini.

1. Psychologie rationnelle, t. III, p. 102-3. « Les preuves que nous recueillerons ne tiendront point de la démonstration logique ou physique. Nous les donnerons pour des motifs de croire. Et les objets de ces preuves consisteront en hypothèses vraisemblables de la raison pratique. » p. 109.

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