Principes de la naUire, Troisième Essai, p
l'IHLOSOPHIE DE LA NATURE ET PRODADILITÉS MURALES 307
lois la règlent et la modèlent ^ » La loi du nombre exige que la monade soit un individu véritable^ qu'elle ne soit plus composée, divisible, qu'elle soit le terme de ranalyse, l'être dernier, l'extrême composant des êtres supérieurs, la dernière unité des groupes de phénomènes en lesquels se divise la nature. Mais Renouvier ne reprend la notion de la monade qu'en la purgeant de toute métaphysique : la monade n'est pas une substance simple, inétendue, spirituelle ; elle est une loi; elle est constituée par les rapports internes et externes que la représentation exiae, « elle est, eu égard aux phénomènes qu'elle assemble en elle ou à ceux qui l'environnent, une relation, un tout, une étendue, une durée, etc.. » Les êtres élémentaires ne sont pas de purs esprits : l'être ne [se sépare pas plus de l'étendue que la représentation ellemême -. Toute représentation" étant soumise à la nécessité de lier ses objets à des rapports de lieu, les êtres sont donnés pour eux-mêmes et les uns pour les autres sous la loi de l'étendue: « de là résulte la réalité de l'étendue aussi profonde, aussi assurée que celle des êtres qui tous l'impliquent » !p. 18). Sur les rapports qui s'établissent entre ces monades, Renouvier de même se rapproche de Leibniz et s'en distingue. « L'être étant représentation, c'est toujours entre des représentations que le rapport de causalité est donné au fond. » Mais comment, de ce qu'une conscience se modifie, résulte-t-il qu'une autre conscience soit modifiée, nous l'ignorons. 11 est impossible d'expliquer comment une chose estla cause d'une Jautre chose, il faut, avec Leibniz, ramener la causalité à une harmonie, à une correspondance des phénomènes ; mais il faut nier contre lui que cette harmonie soit préétablie, ce qui entraîne avec le déterminisme la négation de la liberté. La correspon-
\. Principes de la nature, p. 17.
2. Principesde la nature, 1,"^. il : « Le» tHrcs, quels qu"ils soient, doivent rester placés en tout sous les conditions dont nous ne saunons affranchir la représentation en nous »
dance des phénomènGS est un fait universel, irréductible, au delà duquel on ne remonte pas ; elle est la loi des lois, une donnée qu'il faut accepter comme l'existence ellemême, en se résignant à l'ignorance nécessaire. « Le problème de l'origine d'un èlre, en ce qu'il offre de propre et de nouveau, n'est pas moins inabordable que celui de l'origine première des choses ou de l'existence en général ^ » La monade ne se sépare pas de l'étendue, d'une sphère circonscrite oii elle exerce son action, où elle se représente à elle-même et pour les autres. Si nous la considérons ainsi du dehors, dans ses seules relations de quantité et de position, si par abstraction nous isolons les propriétés numériques et géométriques des êtres qui sont l'objet propre des sciences positives, la monade devient l'atome. L'atomisme répond à la monadologie ; il n'est pas une hypothèse accidentelle, il est fondé rationnellement, il résulte des lois de la pensée; il s'impose à titre de symbole scientifique. La loi du nombre nous contraint, pour éviter le continu et l'infini, d'admettre une limite à la divisibilité, c'est-à-dire des atomes et le vide, de concevoir entre des sphères locales circonscrites oii certains être agissent des intervalles ou nul être n'agit de même. « Nous sommes ainsi amenés à considérer des vides relatifs et des pleins relatifs, ces vides pouvant d'ailleurs être supposés des pleins par rapport à tout autre catégorie de phénomènes connus ou inconnus, ces pleins de véritables vides à l'égard de forces qui n'y trouveraient aucune occasion de modifications pour elles-mêmes. Deux mondes entièrement distincts l'un de l'autre et étrangers pourraient ainsi coexister aux mêmes lieux-. » Il faut, en
1. Quand on a banni les idées de substance, de mélamorpliose, quand on a ramené la cause à une concordance de phénomènes, on comprend <c que les phénomènes supérieurs ou inférieurs sont déjà supposés relativement aux phénomènes inférieurs ou supérieurs que l'on regarde comme leurs causes, et par cela même qu'on les traite de causes ». Troisième Essai, p. 21.
■2. Ibid., p. 27-9.
racceptant, purifier la notion de l'atome comme celle de la monade. D'abord Tatomc n'est pas une substance, le corpuscule inseccable d'Epicure, car l'étendue n'est pas une chose en soi ; de même il n'y a pas de vide, si on entend par là une étendue réelle existant en dehors de toute représentation : « le plein des atomes et le vide de leurs intervalles sont confondus dans une seule et même impossibilité, celle de l'infini en acte, dont il faut les remplir ». L'atome n'est pas un être en soi, c'est par des phénomènes et des lois, comme la monade elle-même, qu'il est constitué : il est, du point de vue abstrait des catégories d'espace et de quantité, l'élément dernier, individuel, isolé de tout autre par un intervalle qu'on peut appeler vide, où ne s'exerce aucune action du même ordre. Si l'étendue est considérée comme ayant des parties qui sont ellesmêmes des êtres, on ne peut dire que les atomes occupent une étendue, puisque, par définition, ils ne sauraient avoir d'autres êtres sous eux. « Mais si cela signifie s'entourer de sphères d'actions dans l'espace, développer des perceptions et des appétitions dans un rayon déterminé sous des conditions géométriques, ce qui est posséder un corps dans le sens vraiment positif du mot, alors l'atome peut posséder un corps et avoir de l'étendue'. » Renouvier, adoptant l'hypothèse de Boscovich, admet que les atomes exercent les uns sur les autres des actions qui leur sont rapportées comme à des points mathématiques et dont les intensités dépendent de leurs distances mutuelles. Ces actions répulsives pour les moindres dislances deviennent ensuite attractives, augmentent puis diminuent rapidement, et, enfin, à des dislances sensibles pour nous, suivent la loi fixe de la gravitation. « On peut donc fixer le corps et l'étendue naturelle de l'atome à la circonscription des plus grandes répulsions possibles, dans laquelle aucun autre atome ne pénètre" ». Au delà s'exercent les