Essaide logique générale. Préface
d'autres, il s'interroge sur la connaissance, sur ses conditions, sur ses limites ; « il inaugure une analyse nouvelle et plus profonde, dirigée premièrement sur la question de savoir pourquoi et comment ses devanciers se sont contredits, ce qui pèche dans leurs procédés communs ou respectifs, ce qui borne en toute hypothèse la connaissance humaine certaine »; il se demande pourquoi la science de l'absolu sans cesse renaît et jamais ne réussit. Le problème posé, il apporte à sa solution une pénétration admirable; « il est le premier génie catégoriste de l'ère moderne », il ne réduit pas l'apport de la pensée comme Hume au seul principe de contradiction, il dégage de l'expérience ses conditions, les jugements synthétiques a priori, qui ramènent à l'unité de la pensée la diversité de ses éléments \ En définissant le sens et la portée des catégories, en établissant qu'elles n'ont d'autre rôle que d'ordonner les phénomènes, que par aucun détour elles ne nous permettent d'en sortir, il proclame la relativité nécessaire de la connaissance , il libère l'esprit de la chimère de l'absolu, il prouve que substance (chose en soi) et science sont termes incompatibles. Mais avec une rare sagesse, en posant les limites de la science, il ne prétend pas y emprisonner l'esprit humain, il laisse le champ ouvert à la libre croyance, La relativité môme de la connaissance nous interdit d'ériger le mécanisme en absolu, de faire de cette loi des phénomènes la loi de l'être. Dès lors notre ignorance théorique du monde des noumènes nous autorise à le concevoir en conformité avec les exigences de la raison pratique. Nous n'avons pas à sacrifier les croyances naturelles de l'humanité, nous en trouvons la garantie, non dans une vaine science, mais
4. Essai de logique rjénérale, I, p. 222. « En philosophie, le dernier des purs philosopiies, le premier des critiques, a mis en lumière la forme des lois irréductibles de la connaissance, la forme ternaire. De plus, il a parl'ailement défini la nature et Tobjel des catégories, lois et règles à prioriques de la représentation, formes constamment affectées par la matière de la connaissance, par les phénomènes. »
dans une foi raisonnable qui s'attache volontairement aux postulats religieux auxquels est comme suspendue toute notre vie morale.
Avant de définir ce qui le sépare de Kant, Renouvier écarte les objections banales qui portent sur la méthode même du criticisme'. On accuse Kant de scpticisme et de contradiction. Sans doute il nie la validité des preuves rationnelles de l'existence de Dieu, de l'identité du moi, de l'immortalité de l'ame, mais la force de ces preuves ne réside que « dans la douce et paresseuse habitude de les déclarer inébranlables », Kant ne ruine le vieux dogmatisme que pour fonder plus solidement la science positive, que pour établir contre l'empirisme sceptique de Hume ce qui est le véritable principe de la science moderne, l'application des mathématiques à la physique. Mais l'ancienne métaphysique détruite, Kant rétablit à titre de croyances légitimes, les vérités qui, dépassant l'expérience, ne peuvent prétendre à la certitude théorique. On l'accuse ici de se contredire, d'affirmer du point de vue pratique tout ce qu'il a nié du point de vue théorique. Cette accusation ne montre que l'inintelligence de ceux qui la portent. « La manière dont il établit et formule les postulats de la raison pratique est précisément et formellement conçue pour ne rien impliquer de ce que la raison théorétique interdit"... Il n'est question ni de définir les essences, ni de démontrer les existences, mais seulement d'affirmer par un acte moral de volonté et de croyance rationnelle, des relations sans lesquelles on ne peut satisfaire à l'idée de la destinée humaine écrite dans la conscience \.. Le criticisme ne dit pas « qu'une chose est vraie sous le rapport pratique et qu'elle est fausse sous le rapport théorique, vraie en application, fausse en principe (Degérando) ». Le criticisme dit que