‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 130 sur 182 · Troisième Essai, t. I, p. 71. Cf. La loi du nombre · texte numérisé non relu

Troisième Essai, t. I, p. 71. Cf. La loi du nombre

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entre les éléments de nos sensations, c'est l'impuissance de nos organes à discerner les étendues et les durées composantes, qui produit en nous l'illusion du continu : ainsi un corps lumineux, mû avec rapidité, paraît dessiner un cercle dans l'espace. L'intermittence est une loi universelle de la nature : la preuve rationnelle de celte loi résulte de la réduction à l'absurde de la thèse du continu elTectif ou inlini actuel. Il faut considérer les phénomènes comme pulsatiles, érectiles, intermittents : « Le monde est une pulsation immense, composée dun nombre inassignable, quoique à chaque instant déterminé, de pulsations élémentaires de divers ordres, dont l'harmonie consciente ou inconsciente, établie et développée en une multitude de degrés et de genres, s'accomplit par la naissance des êtres autonomes, dans lesquels elle tend à devenir, de purement spontanée qu'elle était, volontaire et libre ». La liberté morale n'est pas une scission miraculeuse entre le plein ou continu de la nature et la frappante discontinuité des pensées et des résolutions humaines, elle est « le couronnement naturel de tant de spontanéités répétées et accumulées' ».

Après avoir déhni l'atome dans ses rapports aux lois de la représentation et à la nature de la monade, nous pouvons, du même point de vue, interpréter les résultats les plus généraux des sciences positives, justiher et limiter leurs hypothèses, sans réaliser des abstractions vaines, sans nous laisser aller aux abus d'une scolastique nou-

1. Ibid,, p. 75. Si tout donné est fini, nombrai^lc, comment expliquer que le calcul intégral puisse être appliqué au réel ? « Le calcul intégral, supposant une différenciation préalable telle qu'entre deux divisions, quelque rapprochées qu'elles soient, on en puisse toujours supposer d'intermédiaires, ne devrait pas s'appliquer à la sommation des quantités formées d'éléments entre lesquels il existe des vides et dont les sommes sont toujours des nombres. Il dépasse le but. Nous lèverons cette difficulté en remarquant qu'il l'atteint de la meilleure manière possible en paraissant le dépasser. Les nombres d'éléments à envisager dans les cas dont il s'agit (composition atomique ou moléculaire, reciierche des centres de gravité, etc..) sont des nombres si grands que la fiction de la continuité est pratiquement, aussi bien que pour la l'acililé de l'analyse, la mieux adaptée à ce genre de jjroblènies. » (Ibid.. p. Go. Cf. p. 71-72.)

vclle qui prend ses symboles pour la réalité. La science moderne s'efforce de plus en plus de ramener tous les phénomènes au mouvement et à ses lois. Rien n'est plus légitime que cette œuvre, si l'on se souvient des conditions auxquelles elle est entreprise, de tout ce que la science néglige de parti pris du réel pour l'expliquer. Le mécanisme répond à certaines abstractions, il est un point de vue de l'esprit qui envisage l'être sous les seules catégories de l'étendue et de la quantité, qui sont les catégories proprement scientifiques, parce que seules elles permettent la mesure ; mais, par là môme, si perfectionnée que soit la théorie, elle ne donne pas l'être véritable, elle y substitue un symbole commode. « Le mouvement, avec ses modes divers de translation des masses et de vibrations moléculaires, appartient essentiellement à ce point de vue de l'esprit sur l'objectif ou représenté externe, dont les modifications dans le temps et dans Fespace composent un système de signés liés à tous les rapports des êtres, à leurs appétitions, à leurs sensations, et enfin, par là même, matériaux naturels de toute théorie du monde extérieur pour une conscience capable de s'élever à la contemplation des formes de relation les plus générales et les plus abstraites'. » Le mécanisme n'étant ainsi qu'un point de vue pour construire la théorie des apparences naturelles, il ne peut en aucun cas définir l'essence de l'être. Pour la science, comme pour la philosophie, la matière est un système de points réunis ou séparés par des forces, mais la science élimine la notion subjective de force qui ne se prête pas à ses calculs, pour s'en tenir à ce qui est susceptible de mesure, aux fonctions d'espace et de temps, aux changements locaux et aux vitesses. Il appartient au philosophe de restituer les éléments internes de l'être , ce qui vraiment en constitue la réalité, ce que le mécanisme fait oublier en le symbolisant ; il doit se sou-

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