Critique philosophique, 1872, t. I, p
certaines vérités, indémontrables à la raison réduite à ses éléments intellectuels — raison théorique pure — obtiennent des motifs d'être crues, lorsque nous tenons compte des éléments moraux de la raison, — raison pratique, — à la condition pour nous de borner nos affirmations à dos points et à des termes qui ne soulèvent aucune des difficultés insurmontables de la théorie'. »
Après avoir défendu Kant, Renouvier précise les points sur lesquels il se sépare de lui, pour rester conséquent à la méthode critique et la dégager « des traditions ontologiques » qui empêchent son fondateur de lui demeurer fidèle jusqu'au bout. Kant n'a pas reconnu la relation comme la loi des lois, comme la catégorie générale dont toutes les autres ne sont que des formes et des expressions, et cette erreur l'a conduit « à supposer quelque autre chose encore que des rapports, tant particuliers que généraux. » La distinction de trois facultés — sensibilité, entendement, raison — auxquelles répondent des formes différentes de la connaissance, est un héritage encore du rationalisme dogmatique. La sensibilité n'est pas une faculté séparée, par laquelle les objets nous sont donnés dans l'intuition ; elle suppose l'entendement comme celui-ci la suppose; les phénomènes pensés et sentis se mêlent inextricablement. L'espace et le temps ne sont pas des formes de l'intuition, dont l'application au donné précède la pensée et ses concepts, ils sont de véritables catégories, car ils impliquent la relation qui est la loi des lois de l'entendement. De même la raison, faculté ou du moins exigence de l'absolu, est une superfétation : le raisonnement, auquel Kant la rattache, n'est qu'une dépendance de la catégorie de qualité. L'espace et le temps interposés, comme des formes illusoires et nécessaires, entre l'objet et sa perception, l'absolu avoué comme une exigence légitime de l'esprit, la chose en soi