Ibid., p. 16o
nous ignorons selon quelles lois se succèdent les grands acles de génération terrestre. On est seulement conduit. « quand on envisage le problème en sa plus haute généralité, selon la méthode criticiste, à voir, dans les moments d'énergie attachés aux révolutions géologiques, de nouveaux actes spontanés, intermittents et harmoniques, des etîets d'éjaculation de forces physiques, vitales, intellectives, inexplicables comme tout ce qui est premier, irréductibles par rapport à leurs précédents, el;dont l'ordre est poumons presque aussi caché, du moins aussi incompréhensible, en principe, que l'origine^ ».
La philosophie de la nature, sans confondre ce qui ne peut ni ne doit être confondu, s'achève par une cosmogonie morale, qui envisage le problème des origines du point de vue de ces notions du bien et du mal qui lui semblent étrangères, mais qui, constitutives de la pensée humaine, s'y appliquent nécessairement, en tant qu'il devient un objet pour elle. « Sans doute le bien et le mal n'apparaissent proprement qu'avec la moralité, la moralité qu'en nous-mêmes ; mais alors et par cela seul nous en projetons extérieurement la notion, et cela est juste. Nous
1. llikL, p. 170. Dans la première édition des Principes de la Nature, Renoavior s'en lient à cette douijle alTlrmation de la discontinuité réelle et d"un ensemble de fonctions iiai'moni(iues toutes enveloppées à chaque moment dans la fonction des fonctions qui constitue la nature. Dans la deuxième édition, qui est de 1892, il a déjà conçu son apocalypse, sa chute du premier monde créé. Il n'en est plus aux prudences du néo-criticisme, loin de reculer devant l'explication des origines, il en est à expliquer le connu par l'inconnu, notre monde par ce monde antérieur dont il ne met pas en doute l'existence. L'homme supposant des panmts pour l'engendrer etpour l'élever, il admet, pour éviter le miracle ou l'action directe de Dieudans la production des événements particuliers, «l'hypothèse de la conception du premier ou des premiers hommes dans des matrices animales. » Pour éviter la continuité, il suppose « des sortes de révolutions dans l'hérédité qui- donneraient aux parents des générations différentes d'elles-mêmes, au lieu de ce développement unique, continu, réclamé par les transformistes, en vue de composer des chanrjetnetils d'espèce avec les chanfjeuienls infinitésimaux d'une espèce donnée. » Lu Nouvelle inonadolor/ie, § XXXIV, CIX développe ces idées dans la dernière manière, plus ([u'étrangement dogmatique, de l'auteur. Si je signale cette hypothèse, c'est que, dégagée de tout rapport avec le monde primitif, elle me paraît dans l'esprit du néo-criticisme, qui s'efforce de substituer toujours aux âmes, aux substances, à l'action de Dieu, un ensemble de moyens naturels et de procédés imaginables.
sommes, le monde et nous, unis par des liens intimes, profonds, continuels; il est aussi légitime de transporter nos lois à lui, dans ce qu'elles ont de plus élevé, qu'il est inévilahle d'envisager en nous les siennes dans ce qu'elles ont de plus élémentaire et radical '. »
Les religions de l'Inde identifient l'origine du monde et l'origine du mal. Le bien est l'éternel, l'immobile, l'indivise, au sein duquel se produit la descente des êtres, le rêve de la vie. Existence est déchéance. Entraînés par la loi des transmigrations de formes en formes, les êtres ne trouvent le repos qu'en s'éveillant de l'illusion déces-anle qui les crée en les distinguant. Schopenhauer, en Allemagne, areprisla thèse du pessimisme hindou. Au lieu de faire du mal la forme de l'existence, « un rêve fatal de l'être unique », les Iraniens fondent leur religion sur le dualisme. Ils personnifient le Bien et le jNIal, mettent aux prises les deux principes, donnent à l'homme pour devoir de se faire le soldat d'Ormuzd, du Dieu lumière dans sa lutte contre l'esprit de ténèbres. La Grèce ne nous offre pas de dogmes arrêtés : elle se fait de l'homme, de son droit et de sa beauté une idée si haute qu'elle le divinise dans ses dieux, et, avec une sorte de confiance héroïque, elle conçoit le monde sous l'aspect essentiel de l'harmonie et des lois. Mais plus qu'aucune autre nation la Grèce a spéculé, et ses philosophes, des Pythagoriciens aux Néo-platoniciens ont été plus d'une fois conduits à donner du problème du mal des solutions analoo'ues à celles des orandes religions de l'Inde.
Sous rinllucnce d'une doctrine théologique, rattachée aux Ecritures des Hébreux, la philosophie moderne est amenée à poser le problème en des termes nouveaux. Au-dessus de la nature Israël élevait le Dieu unique qui l'a créée, et« Dieu, dès lors, était moralement responsable de son œuvre devant l'houime qui lui en demandait