‹ La philosophie de Charles RenouvierChapitre 142 sur 182 · Troisième Essai, t. I. p · texte numérisé non relu

Troisième Essai, t. I. p

compte au nom des lois de justice et de bonté communes à l'un et à l'autre. » Comment justifier l'origine du mal ? Le poème de Job nous a transmis l'écho des doutes poignants que fit naître en l'àme du vieil Hébreu le problème douloureux. Dans l'hypothèse d'un Dieu créateur et bon, le mal physique ne pouvait être que la juste punition du mal moral commis librement. « Mais était-il possible d'attribuer le mal physique en toute sa généralité, c'est-à-dire les imperfections sensibles du monde, mieux que cela l'ordre même, l'ordre mécanique, cause de tant d'accidentsdésastreux, l'ordre physiologique, fondé sur la guerre et la destruction mutuelle des espèces, à un usage criminel que des personnes auraient fait autrefois de leur liberté^ ? » La théologie chrétienne prit le parti prudent de s'abstenir et de laisser sans solution « les graves problèmes de l'origine et de la cause du mal en dehors du péché humain ».

Plus audacieux, les philosophes osèrent une justification directe du mal physique. Depuis Augustin il fut entendu que le mal était une limite, une privation, sans laquelle la créature n'eût en rien différé de la perfection du créateur. Mais pour être devenu, dans le langage des philosophes, simple privation, le mal n'avait rien perdu de sa réalité cruelle. La théorie s'achèvé'par l'optimisme, auquel Leibniz donne sa forme la plus haute, « en établissant le plan du meilleur des mondes possibles sur l'hypothèse de la perfectibilité indéfinie de tous les êtres. » L'idée nouvelle était la perfectibilité substituée à l'impossible perfection. « Cette conception noble et féconde put emprunter aux sciences des formes rationnelles, bien éloignées des imaginations puériles de l'Orient. Elle anima et moralisa la nature, sans la déguiser en la jetant dans l'indigne carnaval des métempsychoses. Rien de si aisé que de la séparer du dogme particulier de la création,

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