Ibid., U^ édit.. p
dans son essence; mais lôlre n'est pas la substance, où lout se perd eL se confond, il est une société d'individus indépendants, impénétrables l'un à l'autre; ces individus, d'autre part, synthèses réelles de phénomènes liés par des lois, sont enveloppés dans des fonctions harmoniques qui les accordent et expliquent, avec l'illusion de la causalité transitive, la possibilité de la science; ces fonctions harmoniques d'ailleurs, contre ce que soutiennent les doctrines d'évolution nécessaire et continue, ne constituent pas un déterminisme rigoureux qui ramène le successif au simultané, explique le supérieur par l'inférieur, la qualité par ses conditions, elles se concilient avec le principe de spé- ^^J^ , ficité, elles laissent place à une contingence qui, à tous^^^ tw les degrés de l'existence, se manifeste par le progrès des ^ ^^y formes dans un devenir réel, et, quand apparaît la réflexion, -J-^^^ s'élève chezlMiommo jusqu'à la liberté.
Comme elle nous permet de dépasser le phénomène actuel et de chercher du monde qui nous est donné une interprétation conforme à l'ensemble des lois de la représentation, la croyance rationnelle autorise certaines conjectures sur le rapport de l'ordre cosmique à l'ordre moral, rapport dont dépend notre destinée. Dans les principes delà nat u re , J)a r tajit d£s lois observées, des théories générales de la science positive, nous allons du faitque^noiis constatons à l'idée qui le rationalise ; dans la probabilité morale nous allons plutôt de l'idée qui s'impose à nous au fait ^possible qu'il nous est interdit de^conslater dansjiotre expérience actuelle. Sans doute nous prenons notre point de départ dans le réel, car la loi morale est un faiÇ; mais '' de la loi morale, fait humain, nous concluons uiLJiL'diia^ .) cosmique propre à lui donner une réalite,^ajisuqjuxi nous jl puissions jamais vérifier son existence. Dans la philoso- i phie de la nature, nous pouvons revenir de l'idée à l'ex-
périence, car le monde sensible est comme une projection du monde réel qui en détermine le mouvement et les proportions; dans la probabilité morale, nous ne pouvons qii^maginer l'expérience qui répondrait à toutes les exigences de notre idée du bien; dans le premier cas nous partons de faits donnés, dans le second nous construi- ^sQii^uii systènie de fai|s possibles.
La probabilité morale se distingue de la foi religieuse par son caractère de rationalité. Les jugements de probabilité morale ou déraison pratique portent essentiellement « sur un accord réclamé entre la loi morale, lumière intérieure de la conscience, et les lois les plus générales du monde extérieur qui nous sont inconnues \ » Nous connaissons la loi morale et quelques lois physiques que nous nous efforçons de systématiser, nous ignorons si ces deux ordres de lois, qui pour nous s'opposent, ne sont pas enveloppées dans une fonction plus haute, plus compréhensive qui les harmonise, nous avons le droit de le conjecturer. Les jugements de raison pratique ne sont pas nécessaires, puisqu'ils dépassent le phénomène immédiat qui seul, nous l'avons vu, s'impose, mais ils sont rationnels autant que la loi morale elle-même, et l'acte de croyance qu'ils impliquent ne dilfère pas de l'acte qui fonde la science, en postulant une harmonie entre les lois de l'esprit et celles de la nature extérieure. Ne faisant aucun appel à aucune autorité transcendante ou surnaturelle, n'exprimant que les exigences de toute raison qui ne se renie point elle-même, ils peuvent prétendre à l'assentiment de tous les hommes. Il y a « un emploi criticiste » de la croyance, qui diffère « de tout emploi" sectaire » par « la prétention fondée de se maintenir dans les données générales et normales de la conscience humaine ». Les affirmations qui en sont l'objet pourraient être proposées « aux anciens et aux modernes, au chinois, à l'européen