Critique p/ùlosophiqiie, 1874, I, p
et à riiindou, au cafre lui-mèmo dès qu'on l'aura conduil si possible à raisonner ^ »
La religion n'a pas ce caractère d'universalité, d'abord sociale elle tend à devenir tout individuelle : « elle de'passe les limites, non de la raison, en ce sens qu'elle permette l'absurde, le contradictoire et les démentis donnés à l'expérience formelle,... mais de la raison, en tant que les affirmations d'ordre rationnel portent exclusivement surl'obligation et l'universel de toutes les consciences possibles". » Ses dogmes « sont accessibles à la foi seule et n'ont jamais d'autre garantie qu'un sentiment donné dans la conscience qui les affirme... La foi ne se commande point, elle est individuelle en ce sens qu'elle s'attacbe à des traditions que chacun peut accepter, rejeter ou interpréter^ » Bien que tenue à « respecter la raison et les faits en logique, en psychologie, en morale, en histoire, la religion sort en un sens du domaine de la discussion publique. »
De ce que la religion ne relève pas directement de la raison, de ce que souvent elle exprime dans ses symboles plus encore les déviations et les déchéances de la conscience morale que ses légitimes exigences, Renouvier ne conclut pas à sa disparition. « Le fait universel de l'existence d'une religion partout oîi il y a une nation constituée » lui paraît « exclure toute probabilité que l'attente des personnes qui souhaitent un peuple sans religion soit jamais satisfaite » ; il tient la religion pour « un fait général, un fait naturel », et il ajoute, « légitime, en songeant au respect dû par toute conscience à la conscience d'autrui'. » Ce respect dû à la conscience condamne du moins toutes les religions d'autorité qui prétendent imposer par la contrainte des dogmes qui ne relèvent que de la foi individuelle.