Critique religieuse, t. 11, p
La probabilité morale distinguée de la connaissance scientifique et delà foi religieuse, quelles sont les vérités de croyance qu'elle légitime? On peut les définir, avec Kant, les postulats de la raison pratique, c'est-à-dire les affirmations qui semblent nécessaires pour conférer une valeur réelle à la loi morale. « 11 y a un Dieu, une àme et une liberté, parce qu'il y a une loi morale. La loi morale est ainsi la première de toutes les vérités de cet ordre et leur fondement*. » Nous avons assez insisté sur la liberté, sur son l'ùle, non seulement dans la vie morale, mais dans la science, pour n'avoir point à y revenir. La liberté de Renouvier n'est pas la liberté nouménale de Kant qui, agissant hors du temps, laisse tous nos actes soumis au plus rigoureux déterminisme, elle se définit franchement par l'ambiguité des futurs dans l'ordre phénoménal, c'està-dire dans le monde que nous pensons, où nous agissons et qui seul nous importe. La liberté et la loi morale deviennent ensemble des apparences ou des réalités, des illusions subjectives ou des faits cosmiques. « L'usage pratique de la raison, les lois et les mouvements de la conscience morale sont indissolublement liés à la représentation delà liberté. Si donc les principes de la-raison pratique ont un fondement dans le monde, sont des réalités, non de simples apparences, non de purs faits particuliers de la conscience, et qui pourraient se trouver en désaccord avec l'ordre général, il en est de même de la liberté. On voit par là que l'affirmation, que la conscience fait d'elle-même comme réellement libre, est l'affirmation <l'une harmonie entre la CQnscience et le monde-. »
L'accord dont la conscience morale éprouve le besoin, « entre la' loi qui est sa propre règle et les lois externes, en grande partie inconnues, qui constituent ce qu'on nomme la nature », suppose en second lieu l'immortalité. Mais ici encore Renouvier n'accepte la thèse de Kant qu'à